–« L’un des inconvénients de l’immortalité, répondit-elle, est que tout ce qu’on peut bâtir nous paraît trop petit, trop éphémère. Une peinture, une chanson, un livre – tous finissent par se décomposer. »
–« Certains fantômes ne gagnent pas à être connus. Elle fut prise d’un frisson en relisant l’avertissement. À quel point leur situation pouvait-elle encire s’empirer ? »
–« Plus elle faisait leur connaissance, plus les pirates de L’Héliotrope la surprenaient. La plupart du temps, ils se montraient grossiers, orduriers et indélicats, mais ils étaient aussi des êtres complexes, des savants et des artistes émérites. Elle appelait ça le paradoxe du pirate. »
–« On disait qu’il se passait parfois des choses insolites à Célestopol. Après tout, la cité ne se trouvait pas sur Terre, mais bien sur la lune. On racontait que l’un pouvait entendre des voix étranges sur les canaux ; certains auraient pu jurer avoir vu des automates se comporter comme des humains. Et même que l’on pouvait confier son cœur amoureux à des mains de fer, sous la coupole de verre de la cité. »
–« Tout le monde connaissait Livianne à Blanc-Buis. Personne n’appréciait vraiment sa compagnie. Elle avait l’esprit trop vif, la langue trop bien pendue et l’œil trop noir. Ils savaient tous ce que cela signifiait. Livianne également. On ne pouvait rien lui cacher bien longtemps. »
« Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit. »
« – La magie, ce n’est pas pour nous. Sadima se demanda qui était ce « nous ». Était-ce les femmes, les personnes de leur condition ou, tout simplement, les gens normaux ? Il lui vint à l’idée qu’elle se sentait oppressée dans chacune de ces catégories. »
« Vous ne posez jamais les vraies questions. Je pense qu’un jour vous ne vous êtes pas remis d’une réponse. Les questions sont comme des insectes dégoûtants. On les écrase ou on les évite. »
« La lune est ronde ce soir et ils sont tous là, dehors. Je peux deviner leur présence dans la rue, dans les égouts, dans les couloirs des bâtisses abandonnées. J’ai trouvé un abri pour la nuit. La porte est solide, personne ne la franchira. Peut-être même vais-je pouvoir dormir quelques heures et reprendre des forces. »