
Dans la petite ville de Thistleford, non loin de la Féerie, vit la mystérieuse famille Hawthorn. C’est là qu’elle plante, soigne et taille ses arbres, des saules enchantés dont elle utilise chaque partie : les feuilles pour le thé, l’écorce pour les remèdes, le bois pour les instruments. Personne n’est plus dévoué à ce travail que les filles Hawthorn, Esther et Ysabel, qui s’aiment autant qu’elles chérissent leurs arbres. Mais lorsque Esther rejette un prétendant insistant au profit d’un amant venu de l’énigmatique Arcadie, le lien qui unit les deux soeurs est menacé, tout comme leur vie…

Amal El-Mohtar a été très remarquée en France pour son roman Les Oiseaux du temps écrit à quatre main avec Max Gladstone et qui a reçu les prix Hugo et Nebula. Je la découvre personnellement avec son deuxième texte traduit en français, The River has roots, un conte poétique et métaphorique.
Dès les premières lignes, la délicatesse de la plume d’Amal El-Mohtar s’impose, ouvrant le récit sur une comparaison poétique entre la nature et l’écriture. Car l’autrice se plaît à jouer avec les mots, leur sonorité, leur conjugaison et leur grammaire. Elle se sert de cette écriture enjouée et métaphorique pour nous offrir un conte centré sur l’amour inconditionnel entre deux sœurs, mais qui représente également une belle ode à la nature, à la féérie et aux énigmes.
C’est par la beauté de ses mots et la candeur de son univers qu’Amal El-Mohtar nous emmène dans ce récit, telle une balade douce et cruelle au pied de la rivière et des saules. Douce comme le lien qui unit les deux sœurs, mais aussi la romance entre l’une d’entre elle et un homme venu d’un univers mystérieux. Cruelle comme la vengeance implacable d’un homme éconduit. The River has roots est un récit assez simple et sans très grandes surprises qui nous conte une histoire intemporelle telle qu’on la connaît tous, agrémentée de touches bienvenues de fantasy et de merveilleux.
J’ai été étonnée par le ton employé et l’intrigue qui m’ont semblé être plutôt destinés à un public plus jeunesse qu’adulte. Le titre ayant été publié dans une collection adulte, je m’attendais à un récit plus complexe, à suivre des personnages plus matures, un univers plus développé, d’où la pointe de déception ressentie au premier abord. Je me suis tout de même laissée envoûter par la plume et la magie qui émane de ce texte, s’immisçant délicatement dans la vie des deux sœurs. Amal El-Mohtar joue avec le pouvoir de l’imagination. Les deux sœurs se régalent d’énigmes, l’autrice nous régale de métaphores, de poésie et de paysages immersifs. Elle joue avec les frontières de la réalité, les choses qui ne sont pas ce qu’elles semblent être et les mondes imaginaires que l’on peut rejoindre en suivant le courant de la rivière.
The River has roots est donc une novella qui ne cherche pas à surprendre par son intrigue, mais à émerveiller par son atmosphère, sa poésie et cette impression de retomber dans les contes qui ont bercé notre imaginaire. C’est ainsi un texte qui repose avant tout sur la beauté de son écriture, la magie de son univers et les liens fusionnels entre deux sœurs et qui envoûte, telle une parenthèse hors du temps, par ses images et les émotions dégagées.

D’autres avis : Yuyine – Tachan – Syndrome Quickson

The River has roots
Autrice : Amal El-Mohtar
Traduction : Patrick Marcel
Illustrations : Kathleen Neeley
Maison d’édition : J’ai Lu
Genre : Fantasy
Date de publication française : 15 octobre 2025
Nombre de pages : 146 pages
Prix : 12,90 € (broché) / 9,49 € (numérique)
