[Chronique] Le sang des Parangons, de Pierre Grimbert

le sang des parangons

« Beaucoup n’avaient même pas rangé leurs armes. Sans doute envisageaient-ils désormais de les conserver jusqu’au cœur de la montagne. Il avait suffi d’un incident pour faire basculer leur quête de la procession pacifique à une croisade impitoyable. »


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Le sang des Parangons
Auteur :
Pierre Grimbert
Illustration : Matteo Bassini
Maison d’édition : Mnémos
Genre : Fantasy
Nombre de pages : 317
Prix : 21 €
Synopsis
Le monde des hommes est en train de s’effondrer. Et toutes les prières, tous les sacrifices, semblent incapables d’y remédier. L’humanité assiste, impuissante, à son crépuscule. Une dernière chose doit cependant être tentée. Une folie, à la hauteur de cette situation désespérée. Chaque nation, chaque territoire a ainsi désigné son champion. Certains sont des sages, des savants, ou des dévots. D’autres sont des mercenaires, des aventuriers ou des chevaliers. Il y a même des rois et des reines… Ils ne se connaissent pas, ils ont parfois des intérêts contraires, mais ils ont été réunis pour former le groupe des parangons. Une escouade d’exception dont la mission représente la dernière chance de survie de leurs peuples respectifs. Ensemble, ils vont devoir pénétrer la montagne sacrée, siège du palais souterrain des dieux. Et s’ils parviennent jusqu’aux éternels, malgré les dangers légendaires que renferme cet endroit, ils devront les convaincre de sauver leur monde agonisant. En les suppliant… ou bien en les défiant, si nécessaire. Mais combien de parangons verront leur sang versé sur le chemin, pour permettre aux autres de continuer ? En restera-t-il un seul, qui pourra prouver que l’humanité mérite vraiment d’être sauvée ?
MON avis
Nouveau roman de Pierre Grimbert, auteur prolifique connu pour son Secret de Ji, Le sang des Parangons est un récit en un tome unique de dark fantasy. C’était pour moi une première découverte de l’auteur qui m’a donné envie de m’intéresser un peu plus à ce qu’il écrit.
Le sang des Parangons nous mène dans un univers de fantasy dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il se meurt. Pour le sauver des personnes sont régulièrement envoyées à l’intérieur d’une montagne sacrée dont on dit qu’elle serait la demeure des dieux… Personne n’en est jamais revenu pour le confirmer, mais c’est le seul espoir que possède l’humanité et une délégation exceptionnelle va être rassemblée pour tenter une dernière traversée jusqu’aux dieux. Ainsi il est demandé à chaque nation de sélectionner un champion, la personne la plus talentueuse dans n’importe quel domaine, pour tenter le voyage. Beaucoup misent sur la force, certains sur des pouvoir mystiques, d’autres envoient des esclaves ou au contraire les souverains eux-mêmes. Tous croient en leur possibilité de rencontrer les dieux et de les convaincre de sauver l’humanité. Beaucoup sont peut-être un peu trop présomptueux ou se voilent complètement la face par peur de ce qu’il va leur arriver…
Le sang des Parangons est un roman à l’intrigue assez simple si on y réfléchit, un voyage dans un lieu inconnu d’où personne n’est revenu. Et pourtant Pierre Grimbert ne fait absolument pas le choix de la simplicité en choisissant une narration bien particulière et assez risquée. Ainsi, on suit une multitude de personnages venus du monde entier pour tenter la traversée jusqu’aux dieux. Parmi ces personnages, l’auteur aurait pu mettre l’accent sur certains d’entre eux, sélectionner quelques profils. Au contraire, il place tous les personnages sur un pied d’égalité, changeant à chaque chapitre le point de vue. Les chapitres ne faisant que quelques pages, le lecteur doit passer sans arrêt d’un personnage à un autre, ce qui aurait pu devenir très vite un cauchemar. Et pourtant Pierre Grimbert mène sa barque avec brio. Si le procédé est déroutant au début, car il n’est pas forcément aisé de se rappeler de tous les personnages, l’auteur le maîtrise assez pour que l’on ne soit jamais perdu. Tout d’abord, les personnages restent globalement toujours en groupe donc même si on change de point de vue, en réalité c’est un groupe de personnages que l’on suit à chaque fois. De plus, Le sang des Parangons est un récit de dark fantasy qui n’épargne pas ses personnages. On aurait pu le renommer « 1000 façons de mourir » tant l’auteur est créatif pour faire vivre l’enfer à ses personnages. On perd donc on bonne partie des protagonistes à mesure que l’intrigue avance si bien qu’on finit par bien connaître les personnages des groupes restants.
Le fait de changer de point de vue à chaque chapitre est également un pari risqué pour le développement des personnages. Dans Le sang des parangons, on le comprend très vite, mieux vaut ne s’attacher à personne, ce n’est donc pas plus mal ! Cependant, l’auteur réussit tout de même à attirer notre sympathie ou bien au contraire à attiser notre haine pour certains de ses personnages. Beaucoup sont extrêmement peu développés, mais ceux qui survivent jusqu’à la fin du récit ne laisse pas indifférents, car ils possèdent chacun des traits de personnalité marqués ou/et un but bien précis. De plus, la traversée de la montagne n’est pas sans effet sur la psyché des personnages. Aucun personnage du début du roman n’est le même que le personnage que l’on retrouve à la fin et, plus que les personnages de manière individuelles, ce sont les différents changements psychologiques induits qui sont particulièrement intéressants. Enfin, cette narration permet d’enrichir l’univers en mettant en avant des personnages de cultures différentes. Le cadre sous forme de huis clos concentré dans un unique lieu ne permet pas un énorme world-building et c’est donc une bonne manière de l’enrichir.
Comme je le disais auparavant, Le sang des Parangons est un roman à l’intrigue assez simple, un huis clos très sombre dans lequel les personnages parcourent de longs couloirs inconnus, font face à des monstres tout droit sortis de nos pires cauchemars, et se retrouve parfois dans des salles étranges remplies de pièges. Le récit est assez court pour que les évènements qui s’y déroulent ne deviennent jamais redondant, et l’auteur gère très bien la montée en tension qui suit le parcours des personnages. Lorsque la fin approche, le suspense est à son apogée tant on se demande si les dieux tant espérés existent vraiment. J’attendais beaucoup des révélations finales. Dans certains récits, le chemin est plus important que la finalité. Ce n’est pas le cas ici, car toute l’intrigue est conditionnée par cet objectif de rencontrer les dieux. Et Pierre Grimbert relève une nouvelle fois le défi avec brio, offrant une fin tout à fait satisfaisante qui remet beaucoup de choses en perspective et apporte une belle profondeur au récit en interrogeant sur la figure des dieux ainsi que sur l’homme et ses croyances. Si je ne m’attendais pas forcément à cette fin, c’est pourtant bien la plus logique et le meilleur choix que pouvait faire l’auteur et je suis donc ressortie complètement satisfaite de cette lecture.

Conclusion


Le sang des Parangons est un roman de dark fantasy qui nous fait suive un grand nombre de personnages dans leur objectif de retrouver les dieux pour sauver l’humanité. Le roman est écrit à la manière d’un roman choral, changeant à chaque chapitre de point de vue sans pour autant jamais nous perdre. Pierre Grimbert maîtrise très bien cette narration, car même s’il ne développe pas énormément chaque personnage de manière individuelle, il montre bien la manière dont ils sont affectés psychologiquement par ce voyage. L’intrigue est prenante et extrêmement sombre, les personnages sont confrontés à de nombreux pièges et à des monstres cauchemardesques. La tension monte crescendo jusqu’au final très attendu et qui ne déçoit pas en apportant de belles nuances et une réflexion autour de l’humanité et de ses croyances au roman.
très bonne lecture

8 réflexions sur “[Chronique] Le sang des Parangons, de Pierre Grimbert

  1. L'ours inculte 23 novembre 2022 / 9 h 11 min

    Une de mes prochaines lectures, ça a l’air spécial mais enthousiasmant, j’ai hâte !

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 1 décembre 2022 / 18 h 07 min

      Il est court, après le début il faut quand même un peu de temps pour se familiariser avec le style de la narration, à voir si ça peut te plaire !

      Aimé par 1 personne

      • OmbreBones 2 décembre 2022 / 11 h 04 min

        Je testerais sûrement en numérique même si ce n’est pas ma priorité 🙂

        J’aime

  2. Shaya 27 novembre 2022 / 13 h 29 min

    Intrigant en tout cas, mais est-ce que ça n’est pas un poil trop classique, du coup ?

    Aimé par 1 personne

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