
Les Neuf Terres sont en guerre. Depuis des siècles, les gris-sang, des créatures meurtrières, les attaquent sans relâche, semant la destruction sur leur passage. Les seuls à pouvoir empêcher le continent de plonger dans la destruction sont les invocateurs, des sang-noble capables d’appeler l’ancêtre de leur clan sur le champ de bataille. Mais, alors que le vaisseau d’une expédition disparue s’échoue sur les terres d’Adatali, qu’une jeune femme vivant dans les bas-fonds de la capitale parvient à lier un esprit, et que le fils déchu d’une grande seigneure de guerre invoque une incarnation unique de Mizito, les Neuf Terres n’ont jamais couru un plus grand danger. Car les ancêtres ne sont pas les seuls esprits à pouvoir être invoqués, et les gris-sang ne sont pas les seuls monstres à hanter l’obscurité.

Le Chant des légendes perdues est le premier tome de la trilogie de fantasy adulte Les Invocateurs, écrite par l’autrice anglaise M. H. Ayinde. Pour construire son univers, elle s’est inspirée de ses origines nigérianes, et plus particulièrement de la culture yoruba, en imaginant une société fondée sur le respect des ancêtres et un système de magie reposant sur leur invocation.
M. H. Ayinde nous emmène dans un récit aux multiples points de vue qui déploie un worldbuilding riche et original. L’univers, sombre et implacable, plonge ses personnages dans un monde en guerre quasi perpétuelle contre des créatures monstrueuses, les gris-sang, retranchées dans une région désolée mais cherchant à étendre leur emprise sur les Neufs Terres. Au fil du récit, de nombreux points de vue vont se succéder et mettre en scène des personnages variés, issus aussi bien des noble-sang qui sont affiliés à différents clans et sont les seuls autorisés à invoquer des ancêtres, que des faible-sang. Si ces personnages n’ont, dans un premier temps, aucun lien apparent entre eux, tous vont voir leur existence bouleversée par un ancêtre s’immisçant soudainement dans leur quotidien.
Si la longue liste de personnages présentée en début de roman peut d’abord intimider, Le Chant des légendes perdues prend en réalité le temps d’installer son worldbuilding et d’introduire progressivement ses différents protagonistes, rendant la lecture fluide et jamais difficile à suivre. On sent d’ailleurs que l’univers ne demande qu’à gagner en ampleur, mais l’autrice choisit de le contenir, de manière parfois trop artificielle afin de garder une grande part de mystère pour les tomes suivants, ce qui peut être frustrant. Le récit manque ainsi par moments d’équilibre et devient confus à force de retenir certaines informations. Finalement, malgré les nombreuses péripéties qui jalonnent ce premier tome, celui-ci reste très introductif dans le déploiement de son univers, soulevant de nombreuses questions sans apporter suffisamment de réponses.
Malgré tout, l’intrigue de ce premier tome se révèle immersive et dynamique, nous plongeant dans un quotidien marqué par le doute, la souffrance et la violence, où chacun tente de survivre dans un monde qui ne fait aucun cadeau. L’une des grandes forces du récit réside d’ailleurs dans son absence de manichéisme. Tous les personnages présentés ont des failles, commettent des actes répréhensibles volontairement ou malgré eux. Le roman met également en scène des antagonistes marquants, à commencer par le Croquegniards qui, malgré son nom plutôt ridicule, s’impose comme une créature véritablement terrifiante et qui fonctionne parfaitement dans son rôle… Jusqu’à ce que l’univers se craquèle et que les apparences se fissurent. Ainsi, Le Chant des légendes perdues dépasse le simple cadre d’une guerre opposant héros et ennemis. L’autrice en déconstruit les codes pour interroger la manière dont l’Histoire peut être réécrite et instrumentalisée, influençant jusqu’aux fondements d’une société toute entière et manipulant sa population. Les apparences se font donc de plus en plus trompeuses au fur et à mesure que l’on réalise que les monstres ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Ce premier tome n’esquisse encore que les contours de cette réflexion, mais j’ai hâte d’en découvrir le développement dans les prochains tomes.
Ainsi, Le Chant des légendes perdues pose les bases d’un univers ambitieux et d’un système de magie original basé sur l’invocation des ancêtres pour lequel l’autrice s’est inspirée de la culture yoruba. Si l’intrigue est entraînante et jamais difficile à suivre, le déploiement du worldbuilding reste en retrait dans ce premier tome, M.H. Ayinde choisissant de préserver une large part de mystère, parfois au détriment de la clarté du récit. Malgré tout, Le Chant des légendes perdues n’en reste pas moins un premier tome réussi, bien équilibré en combats, dangers et développement des personnages, qui commence à dépeindre une société basée sur le mensonge et la manipulation de masse, ce qui promet de très belles choses pour la suite.

Roman reçu en service de presse de la part des éditions PAL que je remercie

Les Invocateurs, tome 1 : Le Chant des légendes perdues
Autrice : M.H. Ayinde
Traduction : David Creuze
Couverture : Richard Anderson
Maison d’édition : De Saxus / PAL
Genre : Fantasy
Date de publication française : 26 février 2026
Nombre de pages : 717 pages
Prix : 25,90 € (relié) / 9,30 € (poche) / 8,99 € (numérique)
