
[Chronique] Le Dieu Oiseau, d’Aurélie Wellenstein #PLIB2019



« Quelque chose s’était fossilisé à l’intérieur. Je me suis dit que c’était mauvais signe. Je refusais d’être une proie ou une victime, mais je voulais rester vivante. Vraiment vivante. Avec des émotions. »

« Longer les couloirs d’une PJ, c’est faire face à ce que l’homme recèle de pire en lui. »

« Le district de Pendle est infesté de sorcières, me dit l’Épouvanteur. La plupart du temps, elles se chamaillent et se tirent dans les pattes. Mais si elles s’entendent autour d’un projet commun, leur pouvoir en est grandement renforcé. Oui, voilà le pire qui puisse arriver : que les clans ennemis s’unissent. »

« Le truc, c’est de s’en moquer. Se moquer de la douleur, du reste, de tout. L’indifférence, voilà la clé ; le seul truc à disposition, dans ce bled. Sauf que ce n’est pas un bled. En fait, c’est une cage, installé près d’un cottage coincé entre les collines, les arbres et le ciel.
– c’est une cage qui n’a qu’une clé. »

« Toute sa vie durant, Charlotte avait été longuement préparée à se débrouiller dans le passé. Elle n’avait jamais eu de temps pour le jeu, les copines, le shopping, le ciné ou les garçons. A la place, on lui avait donné des cours de danse, d’escrime, d’équitation, de langues et d’histoire. Depuis un an, elle partait en plus tous les mercredis après-midi avec lady Arista et tante Glenda pour ne rentrer que tard le soir. Elles appelaient ça : « cours de mystères ». Bien entendu, personne ne voulait nous en dire plus sur les mystères en questions. »

« Il la regarda rire, se forçant à se fixer sur ses yeux. Cette fille était la tentation incarnée… Comment faisaient-ils, tous, pour résister à la chair ? Au monastère, l’idée de s’unir pour la vie à une déesse immatérielle ne semblait pas si difficile, mais en ville, l’épreuve était insurmontable. »

« Je ne me souviens pas du jour où on m’a tatoué. Je ne me souviens de rien avant mon arrivé à la Napola de Rufach. Or je ne suis pas né là-bas. On ne naît pas dans une école, même si elle est immense, même si elle est un monde à part, clos, hermétique. On y arrive. On y est envoyé. Parce qu’on est orphelin. »

« Elle étudia les deux arbres, concentrant son attention sur le plus haut des deux. Le tronc pâle semblait chétif, mais l’arbre tenait debout tout seul. Des feuilles dorées en forme d’étoile recouvraient les maigres branches, parfois accompagnées de cosses d’un brun profond. Ni fleurs. Ni couleurs. Rien qu’un arbre simple, basique.Son arbre. »
