
« Je ne suis née qu’une fois Malatesta. Et je n’en garde aucun souvenir. Je me rappelle de ma mort, en revanche. Jusque dans les moindres détails. Même ceux que je ne puis exprimer. Même ceux qui devraient demeurer enfuis, mais s’échappent. »

« Je ne suis née qu’une fois Malatesta. Et je n’en garde aucun souvenir. Je me rappelle de ma mort, en revanche. Jusque dans les moindres détails. Même ceux que je ne puis exprimer. Même ceux qui devraient demeurer enfuis, mais s’échappent. »

« Les hommes dans les guerres perdent leur âme, elle est foulée aux pieds, je l’ai vu, il n’y a plus d’individus, rien qu’une masse, une grande masse qui court à son anéantissement. »

« – La curiosité a pris le dessus sur votre agacement, je le sens. Les Anglais sont des gens fiers, s’ils insistent…
– Cela doit vouloir dire que l’affaire est d’ampleur compléta Gauthier avec un soupir. »

« Toute mon existence durant, j’avais cru à l’exagération des contes et chroniqueurs quant à l’ampleur du surnaturel. Ce jour d’hui, je comprenais que, même si celui-ci était rare, il n’en était pas moins réel. Emmuré en la citadelle de l’Isle-au-Roy, je n’avais finalement été toutes ces années qu’un homme orgueilleux trop sûr de son pouvoir, car proche conseiller du roi. Enfin découvrais-je avec moult horreur le véritable sens du mot puissance. »

« Un ultime roulement de tonnerre remonta le sentier avec elle, ses échos prêts à lui mordre les talons. Quelque chose, la jeune femme en était persuadée, que personne au village n’avait jamais vu. Quelque chose bien pire que les fées. »

« Les gens craignent l’inconnu. Quelle meilleure manière de débarrasser quelqu’un de la peur de sa mort que de la lui montrer ? »

« Le domaine de Porte-Vent, fief de la famille Le Kerdaniel depuis des générations, était bien nommé : en s’engouffrant entre le manoir et ses dépendances, le vent marin émettait un chant lugubre. »

« Au fil de ses allers et retours, Alix se sent de plus en plus tendue. Mais ce n’est pas une tension paralysante, bien au contraire, c’est un fluide énergisant, une force d’inertie puissante, comme la corde que l’on bande. »

« Les yeux dans le miroir étaient bleu clair. Parfois, quand le dégel du printemps était terminé et que la rivière avait retrouvé sa place dans son lit, on pouvait trouver des mares stagnantes le long du rivage, des eaux mortes séparées du courant, des zones à l’air fétides, immobiles et froides ; on se demandait alors si elles étaient profondes, et s’il y avait quelque chose qui vivait là, dans cette obscurité. C’était le genre d’yeux qu’il avait; profondément enfoncés dans un visage sombre aux joues creuses, encadré par des cheveux bruns qui tombaient, longs et raides, sur ses épaules. »

« Mattie essaya d’imaginer à quoi cela ressemblait, d’avoir en soi l’âme de quelqu’un d’autre comme un petit poisson argenté, vif et furtif, qu’on pouvait laisser nager au creux de sa paume pleine d’eau, mais qu’il ne fallait pas saisir, sous peine de le meurtrir sur le plan physique et mental. »