
Dans un futur lointain, l’humanité a sombré dans l’oubli et la Terre n’est plus habitée que par des robots. Kay, chercheur en chimie, rencontre Cécile, une androïde marginalisée à cause de son apparence. Inspirée par ses travaux, elle l’incite à s’aventurer dans le champ controversé de la biologie organique. Leurs recherches se heurtent à de vives résistances, d’autant plus que les plantes qu’ils s’efforcent de faire renaître dépérissent rapidement. Mais au fil des décennies, leur laboratoire s’agrandit et se mue en un lieu énigmatique dont aucun visiteur ne semble vouloir repartir.

Les éditions Rivages nous ont fait découvrir l’autrice coréenne Kim Bo-Young avec L’Odyssée des étoiles, un fix-up de trois nouvelles autour de l’espace et du temps. Elles nous proposent cette fois De l’origine des espèces qui regroupe là aussi trois textes écrits à plusieurs années d’intervalle, abordant cette fois-ci la thématique des robots et par extension de l’évolution.
De l’origine des espèces est un texte intéressant avant tout pour sa première nouvelle qui propose une réflexion philosophique autour de l’évolution en nous forçant à modifier notre point de vue et le prisme avec lequel on observe le monde. C’est dans un futur lointain et sur une planète Terre bien différente de celle qu’on connait que l’histoire débute. Le climat s’est transformé, les hommes, les animaux, les végétaux ont disparu. Seuls restent le béton, les usines et les robots. Des robots dotés de conscience qu’on trouve sous de nombreux modèles différents et qui s’intéressent aux sciences, à la philosophie et, plus particulièrement pour ceux que l’on va suivre dans le récit, à la biologie organique. Ce n’est pourtant pas une discipline populaire, mais le robot Kay va y trouver un intérêt, se questionner sur les origines de la vie et l’essence du vivant organique et aller de plus en plus loin dans des expériences pour le faire renaître.
Cette première nouvelle prend ainsi la forme d’un grand questionnement sur l’évolution en se plaçant du point de vue de robots qui ne savent finalement que peu de choses du passé de la Terre et de la faune et la flore qui l’habitaient autrefois. Ainsi, même chez les robots, les débats ont fait rage entre créationnisme et évolutionnisme. Ils tentent toujours de comprendre des concepts qui nous paraissent évidents comme la reproduction, se questionnent sur l’influence de la chimie dans l’apparition du vivant. Eux pour qui l’eau représente un si grand poison, comment imaginer qu’elle soit indispensable à la vie d’autres organismes ? Ils évoluent ainsi peu à peu dans leur réflexion sur le vivant et dans leurs travaux pour faire renaître certaines espèces et l’autrice propose par là même une réflexion sur les formes de vie, les conditions propices à la vie, et jusqu’à la place de l’homme au milieu de tout cela. Avec subtilité, l’autrice utilise ces robots anthropomorphes qui, malgré des besoins radicalement différents des nôtres, possèdent une conscience et un mode de vie finalement très proches des nôtres pour nous montrer les biais de perception que l’on peut développer lorsque l’on observe le vivant uniquement à travers notre propre expérience et notre propre condition. Elle se sert également des robots pour nous renvoyer à nos propres failles, parlant de discrimination, d’écologie ou encore d’éthique, particulièrement dans les deux dernières nouvelles.
Kim Bo-Young n’oublie pour autant pas le divertissement, ajoutant humour, cynisme et rebondissements à son récit. À ce titre, les deux dernières nouvelles prennent une direction différente, délaissant en partie les réflexions philosophiques pour proposer des récits plus dynamiques et tendus, sans pour autant abandonner les questionnements éthiques et sociétaux présents dans l’ensemble des nouvelles. Je n’ai pas forcément été convaincue par la tournure prise par l’intrigue dans ces deux nouvelles, l’idée de départ n’étant pas mauvaise, mais le trait souvent forcé et la réflexion moins fine et moins poussée que dans la première nouvelle. Le recueil n’en reste pas moins plaisant à lire dans son ensemble, notamment pour sa réflexion autour du vivant et la manière dont il repense la place de l’Homme à travers le regard des robots.
Ainsi, si j’ai trouvé la première nouvelle plus intéressante que les deux autres pour sa réflexion philosophique, De l’origine des espèces demeure un recueil intéressant pour la manière dont il change notre prisme pour questionner sur l’évolution et le vivant. En adoptant le regard de robots qui tentent de comprendre ce qui les a précédés, Kim Bo-Young nous invite finalement à questionner nos propres certitudes, les limites de notre perception et nos propres comportements. Les deux nouvelles suivantes apportent davantage de tension et de cynisme et s’éloignent de l’aspect philosophique de la première nouvelle pour laisser place à une lecture plus orientée vers le divertissement et une réflexion autour de l’éthique.

D’autres avis : Le Maki

De l’origine des espèces
Autrice : Kim Bo-Young
Traduction : Choi Kyungran et Pierre Bisiou
Couverture : Wael Tabbara
Maison d’édition : Rivages
Genre : Science-fiction
Date de publication française : 4 mars 2026
Nombre de pages : 288 pages
Prix : 22 € (broché) / 16,99 € (numérique)
