[Chronique] Le Bouffon de la couronne, tome 2 de Thibault Lafargue

À peine remis du soulèvement de Belle-la-Ménure, Tirelangue se met en route vers la bibliothèque de Marv’Dash pour y traduire le poème de Mnémor, à la demande du roi. Mais son voyage en Levance tourne court quand il se retrouve enfermé dans le lieu le plus secret de la cité : le harem du sultan.

Pour survivre à cette prison dorée, gouvernée par la cruauté des eunuques, il n’aura d’autre choix que de s’immiscer dans les intrigues des odalisques, ces femmes prêtes à tout pour retrouver leur liberté…

MON avis

Le premier tome du Bouffon de la couronne avait été une très bonne surprise. Hommage évident à l’Assassin Royal de Robin Hobb, il nous immergeait au sein de la cour du Roi Guillon, aux côtés d’un bouffon qui, sous ses airs d’idiot amusant les nobles, découvrait en réalité bien trop de leurs secrets. Entre temps, la série prévue en deux tomes s’est transformée en trilogie et nous revoilà donc dans un deuxième tome riche en péripéties, en compagnie d’un Sébrain en mission loin de la cour du Roi Guillon, forcé de se faire une place dans l’univers mystérieux et entêtant d’un harem où le pouvoir du rire ne semble plus être une arme suffisante.

Thibault Lafargue a affûté sa plume, et nous propose ici un véritable tome 2, bien loin des tomes de transition que l’on trouve souvent au milieu de trilogie. Bien au contraire, l’auteur nous fait rentrer directement dans le jeu des complots dès son prologue et place son bouffon en grandes difficultés dès les premières pages. Ni Sébrain ni le lecteur – ni aucun autre personnage à dire vrai – ne sera ménagé dans cette intrigue qui débute par un voyage de tous les dangers vers un harem qui refermera alors ses griffes sur un Sébrain désorienté pour le reste du récit. Le Bouffon va alors se retrouver plongé dans un huis-clos étouffant, un monde de faux-semblants où tout le monde joue un rôle, y compris lui-même. Dans cet univers où on se débarrasse avec une grande facilité des personnes gênantes, Tirelangue va avoir bien du mal à jouer son rôle de bouffon, mais aussi et surtout à mener à bien la mission confiée par le Roi Guillon alors même que les troubles liés aux Eléanoriens s’accentuent et que l’Inquisition rôde.

L’un des grands points forts de ce deuxième tome est certainement l’ambiance au sein du harem. L’auteur gère parfaitement l’organisation sociale dans ce vase clos extrêmement structuré où une véritable hiérarchie s’est installée entre les favorites du sultan et les autres femmes retenues captives et qui attendent leur tour ou rêvent de liberté. Il nous montre petit à petit comment les apparences se fragmentent ainsi que la réalité qui se cache derrière les masques : la manière dont les femmes sont manipulées et instrumentalisées pour entretenir les conflits au sein du harem et les pousser à vouloir toujours s’élever les unes au-dessus des autres. Thibault Lafargue propose une dénonciation fine de ce système oppresseur utilisant Sébrain comme moteur pour découvrir l’envers du décor et faire exploser les choses de l’intérieur. L’aspect engagé de ce deuxième tome pour mettre en exergue les dynamiques de domination exercées par les hommes sur les femmes est une vraie bonne surprise du récit tant il frappe juste et de manière percutante.

La politique et les manipulations au sein du harem sont véritablement au centre de deuxième tome et contribuent à le rendre captivant de bout en bout. Ce recentrage sur le harem permet de délaisser momentanément les forts enjeux géopolitiques pour privilégier les rapports humains et ceux-ci sont particulièrement puissants dans ce tome avec un très beau panel de personnages secondaires et notamment des femmes fortes et puissantes.

L’intrigue, du haut de ses 700 pages et même si elle est parfois un peu répétitive, ne s’essouffle jamais, les dynamiques entre les personnages et la tension qui grandit de page en page y contribuant. A côté de ça, la mission de Sébrain avance lentement, sans que ce soit réellement un défaut. Au contraire, j’ai apprécié le fait que tout soit difficile pour lui dans ce tome et que les dynamiques qu’il exploitait jusqu’à maintenant à travers le rire et la bouffonnerie soient remises en question. On retrouve ici un personnage plus désespéré que jamais qui essaye et échoue de nombreuses fois, qui doit remettre en question tout son jeu, trouver des alliances impossibles dans un monde sans concessions où des assassins rôdent le visage masqué et où il doit apprendre tous les codes. Ce deuxième tome marque une véritable évolution pour le personnage de Sébrain et la manière de jouer son bouffon, l’obligeant à prendre des risques, à s’exposer et à manipuler lui-même. Ainsi si l’intrigue générale aura finalement peut-être peu avancée dans ce tome 2, c’est un Sébrain métamorphosé par la violence des évènements que l’on quitte… pour mieux retrouver bientôt, plus déterminé que jamais, dans un troisième tome qui s’annonce orageux.

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Le Bouffon de la couronne, tome 2/3
Auteur :
Thibault Lafargue
Illustration : Hervé Leblan
Maison d’édition : ActuSF
Genre : Fantasy
Date de publication française : 25 août 2026
Nombre de pages : 700 pages
Prix : 24,90 € (relié)

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