
Roi déchu, ancien prisonnier politique, espion d’élite de Saypur, Sigrud je Harkvaldsson n’est pas un homme comme un autre. Rendu fou par la mort de sa fille, il a tué plusieurs soldats innocents. Et le voilà désormais obligé de vivre dans la clandestinité. Mais le meurtre de sa plus vieille amie, l’ancienne Première ministre Shara Komayd, va le replonger dans son domaine d’excellence. La traque. La violence. L’assassinat. La destruction. Alors que son enquête progresse, Sigrud se heurte à des difficultés inattendues : sous l’impulsion d’un mystérieux commanditaire, ses adversaires utilisent des miracles qui ne devraient plus fonctionner depuis la mort des dieux.

Notre voyage de cités en cités prend fin avec La Cité des miracles. Après La Cité des marches et La Cité des lames, ce troisième tome apporte la conclusion à cette belle trilogie où l’ombre terrifiante des Dieux planent en tout lieu.
La guerre contre le divin a fait rage dans les tomes précédents et c’est cette fois-ci au tour des enfants des divinités de se rebeller et de provoquer une guerre intestine entraînant des personnages bien connus de cet univers dans son sillage. Ainsi, ce troisième tome se déroule 13 ans après les évènements de La Cité des lames. Notre chère Turyin Mulaghesh est maintenant une femme âgée, le monde est en pleine mutation technologique qui s’accélère, peuplant les villes de gratte-ciel, modernisant moyens de transport et de communication. Mais dans les tréfonds de la société, les luttes de pouvoir et les complots demeurent. C’est ainsi que le roman s’ouvre sur l’assassinat choc de Shara Komayd, un assassinat que Sigrud je Harkvaldsson refusera de laisser impuni, ce qui va l’entraîner au coeur même des secrets les mieux gardés des anciennes divinités.
Comme dans les tomes précédents, La Cité des miracles débute lentement sur une enquête dont l’ampleur va progressivement s’étendre. Après une première partie centrée sur l’investigation, riche en action mais non dénuée de certaines petites facilités, le roman trouve véritablement son souffle dans sa seconde moitié, où l’on retrouve toute la puissance de cet univers, la force de ses personnages et le plaisir d’une intrigue qui prend une ampleur phénoménale. Il est également saisissant de voir que les évènements des deux tomes précédents trouvent encore des conséquences inattendues bien des années après, dans ce dernier tome. Celui-ci s’imbrique ainsi de manière brillante dans l’univers des Cités divines, nous exposant cette fois-ci une guerre divine qui se passe dans l’ombre, bien à l’abri des regards humains.
Avec La Cité des miracles, on se régale également à retrouver d’anciens personnages. Anciens et nouveaux se côtoient dans une danse maîtrisée et harmonieuse. Les nouveaux apportent de la fraîcheur à l’univers quand les anciens nous donnent l’impression de retrouver un endroit que l’on connaît bien, et ce, malgré le fait que l’auteur ne les ménage pas et qu’il est parfois difficile d’assister à ce qu’ils sont devenus ou ce qu’ils subissent. C’est Sigrud qui tient cette fois-ci le premier rôle. Personnage dur et brisé, il mène une vie d’errance sans espoir, se raccrochant à ses missions pour survivre. Ce tome va réellement transformer la souffrance de Sigrud en une arme, seul moteur qui lui permet de continuer à vivre. Le parallèle avec l’antagoniste du récit est saisissant. Lui aussi est un personnage brisé, torturé qui vit de sa souffrance. De ses terreurs juvéniles, il va lui aussi transformer sa souffrance en désir de vengeance, mais va également développer une soif de pouvoir, jusqu’à en devenir terrifiant. L’auteur montre parfaitement comment les deux personnages – principal et antagoniste – se complaisent dans leur souffrance et utilisent la douleur dans un but qu’ils croient bons, les conduisant dans des directions différentes, mais les enfermant également dans une souffrance encore plus profonde.
« Vivre avec la haine, c’est comme attraper des charbons ardents à mains nues pour les jeter sur quelqu’un que l’on croit être un ennemi. Qui est le plus brûlé ? »
Une fois encore, Robert Jackson Bennett met en scène d’excellents personnages. Que ce soit des humains brisés ou des dieux puissants, tous possèdent en eux une part d’humanité dans leurs douleurs, leurs doutes et leurs désirs permettant d’aborder des thématiques fortes. Ce tome met particulièrement en avant le fait de devoir vivre avec le poids du passé et de devoir faire face à un deuil avec tous les sentiments qui peuvent en découler comme la haine et le désir de vengeance. Il parle également de la difficulté à lutter contre le temps qui passe, à la nécessité de grandir et de quitter l’enfance. L’auteur aborde ces thématiques avec puissance, mais aussi avec finesse, utilisant habilement les divinités pour faire passer les messages importants de son intrigue.
Robert Jackson Bennett nous offre ainsi une conclusion à la hauteur du reste de sa trilogie. Tome basé sur l’enfance, il confronte l’innocence perdue au désir de vengeance donnant naissance à une nouvelle guerre divine qui ne fera aucune concession. Robert Jackson Bennett confronte ses personnages au poids de la souffrance, les emmenant dans une aventure aussi tragique qu’épique et nous offrant une intrigue endiablée, que l’on quitte à regret, entre nostalgie pour les personnages et émerveillement face à cet univers si bien construit.

D’autres avis : L’épaule d’Orion – Gromovar – Le Nocher des livres – Au Pays des Cave Trolls – Feygirl – Les Fantasy d’Amanda – Yuyine – Tachan – Le Nocher de livres
Du même auteur : American Elsewhere – Vigilance – Les Maîtres enlumineurs (1, 2 et 3)

Les Cités divines, tome 3 : La Cité des miracles
Auteur : Robert Jackson Bennett
Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Couverture : Didier Graffet
Maison d’édition : Albin Michel Imaginaire
Genre : Fantasy
Date de publication française : 26 février 2025
Nombre de pages : 576 pages
Prix : 27,90 € (relié)

entierement d’accord avec toi. J’ai vraiment adoré cette trilogie ça se lit tout seul et on enchaine les tomes.
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