[Chronique] La Reine d’Attolie, de Megan Whalen Turner

L’Attolie est un royaume en apparence civilisé, parsemé de palais, de jardins clos et de salles feutrées. Mais derrière ses colonnes et ses dorures sophistiquées se jouent des machinations aussi féroces que cruelles. Sa reine, jeune, belle et redoutée, n’a jamais eu le luxe d’être naïve. Pour accéder au pouvoir, elle a dû écraser ses ennemis intérieurs ; pour le conserver, elle devra affronter ses ennemis extérieurs.

Car avec les royaumes d’Eddis et de Sounis, une guerre pourrait éclater à tout instant. Les frontières sont défendues, certains villages brûlent et ses ambassadeurs négocient à couteaux tirés… Mais le plus grand danger qui menace la reine d’Attolie, elle le sait, tient à l’existence d’un seul homme. Un jeune voleur.

Gen a changé. Depuis son aventure mythique en Attolie, ce n’est plus un vaurien insolent et talentueux : c’est un héros adulé et craint autant par ses adversaires que par les siens, une arme aussi imprévisible que mortelle, que personne ne semble pouvoir manier.

Tandis que les espions s’affolent, que l’Empire mède attise les braises du conflit pour asseoir son pouvoir sur ces terres côtières, et que chaque décision risque de renverser les alliances d’un soir, un duel sans merci s’engage entre deux esprits fabuleux : une reine qui ne peut se permettre la moindre erreur, et un voleur qui, peut-être, n’en a jamais commis aucune.

MON avis

Après Le Voleur, l’excellent premier tome de cette fantasy méditerranéenne entre complots politiques et jeux de dupes, la saga de 6 tomes du Voleur de la Reine revient avec La Reine d’Attolie.

Si le premier tome était entièrement centré sur le personnage de Gen, le voleur effronté aussi malin que manipulateur de la Reine d’Eddis, le deuxième tome change de narration pour mieux nous emmener d’un personnage à l’autre et d’une cour à l’autre. Car les conflits s’intensifient et la guerre est sur le point d’éclater entre les Royaumes de Sounis, d’Eddis et d’Attolie. Ce deuxième tome nous plonge ainsi au cœur de cet engrenage géopolitique complexe.

C’est d’ailleurs à la cour d’Attolie que s’ouvre ce deuxième tome, scène d’ouverture où l’on retrouve Gen en bien mauvaise posture. Jamais notre voleur n’aura autant été en position de faiblesse que dans ce tome et son évolution fait partie des grands points forts du récit. Bien loin du voleur intrépide et moqueur du premier tome, c’est un Gen sombre et désespéré que l’on retrouve dans La Reine d’Attolie. Après un face à face plein de tension avec la Reine d’Attolie elle-même menant à de lourdes conséquences, Gen va devoir se reconstruire et le récit joue parfaitement sur son évolution incertaine, le choc initial puis la difficulté à faire face. Bien sûr, les personnages vont profiter de cette situation pour se manipuler entre eux. Car même en étant reclus, Gen reste au cœur des intrigues politiques et ne perd jamais son aura. C’est d’ailleurs bien l’une des thématiques de ce tome : la puissance du pouvoir d’un nom ou d’une réputation qui peut faire bien plus peur que la personne elle-même.

La Reine d’Attolie est ainsi un deuxième tome au ton plus tragique que le premier. La tension, la rancœur et les rivalités politiques sont au cœur du récit. Le roman confronte plusieurs manières de gouverner à travers les Reine d’Attolie et d’Eddis, deux figures puissantes et respectées, mais qui ont imposé leur voix d’une manière très différente l’une de l’autre. Entre la douceur de la Reine d’Eddis et le caractère impitoyable de celle d’Attolie, c’est un conflit latent entre deux femmes qui se joue avec dans l’ombre la figure du voleur pour laquelle elles seraient toutes les deux prêtes à déclencher une guerre.

Je me suis encore une fois régalée avec ce nouveau tome de la série du Voleur de la Reine. Le rythme est plus tendu et dynamique que le premier, montrant parfaitement l’évolution des enjeux. Même si Gen ne manipule plus directement le lecteur, on se prend une nouvelle fois au jeu de ses manigances. Les personnages continuent à manier parfaitement leurs pions dans l’ombre et on se délecte de leurs stratégies autant qu’on s’étonne des petits signes qu’on avait ratés. Je reste tout de même plutôt perplexe quant à la romance présente dans ce tome ayant eu du mal à la trouver vraiment crédible, pourtant j’ai adoré la manière originale et trompeuse avec laquelle elle est menée et je reste très intriguée par les conséquences qu’elle aura par la suite.

Le Voleur de la Reine s’impose finalement comme une saga légère, pleine d’humour et de tension et où le pouvoir réside autant dans ce qui est dit que dans ce qui est dissimulé. Ce deuxième tome ne déroge pas à la règle et on se délecte une nouvelle fois du jeu de manipulation. J’ai hâte de découvrir la suite des aventures de Gen et des autres personnages, tous passionnants à suivre, ce qui ne devrait pas tarder puisque le troisième tome vient de paraître aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

D’autres avis : Tachan

La saga en 6 tomes : Le Voleur – La Reine d’Attolie – Le Roi d’Attolie (parut en mars 2026) – Un complot de rois (à paraître 2026) – Comme des voleurs (à paraître 2027) – Le Retour du Voleur (à paraître 2027)


La Reine d’Attolie
Autrice :
Megan Whalen Turner
Traduction : Yoko Lacour
Couverture : « Portrait de Jane Seymour », Hans Holbein le Jeune, 1536
Maison d’édition : Monsieur Toussaint Louverture
Genre : Fantasy
Date de publication française : 3  octobre 2025
Nombre de pages : 288 pages
Prix : 18,50 €

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