[Chronique] Les Vaisseaux d’os, de RJ Barker

Depuis des générations, les Cent Îles et les Iles Décharnées construisent leurs navires à partir d’ossements de dragons des mers et les ont chassés jusqu’à l’extinction. Si les dragons ont disparu, les tensions entre les deux nations autour de cette précieuse ressource ne se sont jamais apaisées.

Joron Bitord a été condamné à commander un vaisseau des morts, ces navires peints en noir dont l’équipage ne compte que des repris de justice, voués à semer la terreur et le chaos sur les mers des Cent Îles et des Îles Décharnées et à périr sur les flots. Mais il n’a ni le respect de son équipage ni l’étoffe d’un meneur et se noie dans l’alcool, laissant péricliter son navire. Pourtant, son destin prend une tournure inattendue quand Meas la chanceuse lui ravit le commandement de l’Enfant de la marée en combat singulier. Cette femme dure et sans pitié est animée par une mission secrète qui non seulement donnera une raison de vivre à l’équipage de parias sous ses ordres, mais les fera aussi entrer dans la légende.

MON avis

RJ Barker est l’auteur britannique de la saga de fantasy Le Royaume blessé, publiée dans son intégralité aux éditions Bragelonne et dont le premier tome traîne depuis une petite éternité dans ma pile à lire. C’est finalement vers le premier tome d’une autre de ses trilogies, L’Enfant de la marée, que je me suis tournée, ayant envie d’une fantasy maritime en ce mois de juin caniculaire.

L’Enfant de la marée c’est ainsi le nom du vaisseau des morts duquel on va suivre l’équipage dans une aventure à travers les mers. À ces aventures, ajoutez un dragon, des personnages attachants, des combats et un worldbuilding fascinant et vous obtiendrez tous les ingrédients pour passer un excellent moment de lecture.

J’ai été particulièrement convaincue par la première partie du récit, durant laquelle l’auteur prend le temps d’installer son univers et de construire les relations entre ses personnages. On y fait la connaissance de Joron Bitord, condamné pour meurtre et embarqué depuis quelques mois à bord de L’Enfant de la marée. Il y côtoie d’autres criminels, mais surtout un équipage de bras cassés qui tente tant bien que mal de maintenir à flot ce vaisseau délabré, dans une cacophonie et une désorganisation permanentes. C’est ainsi un Joron brisé, ayant sombré dans le désespoir et l’alcoolisme, que l’on rencontre au début du roman alors qu’il va être soudainement réveillé par l’arrivée de Meas la Chanceuse. Capitaine émérite à la poigne de fer et à la verve acérée, elle va reprendre les rênes de L’Enfant de la marée et bouleverser profondément l’équilibre du navire.

Le grand point fort de ce premier tome est son univers de fantasy extrêmement soigné. L’auteur y déploie une vraie richesse dans sa construction autour de tout ce qui touche à la navigation avec un vocabulaire maritime qui lui est propre et une organisation au sein des navires bien définie et qui régit les codes de cet univers. En dehors de l’univers maritime, on connaît moins de choses sur ce monde, mis à part les conflits et situations géopolitiques autour des os de dragons qui vont influencer l’intrigue de ce premier tome. Néanmoins, il y a de manière générale un vrai effort de la part de l’auteur pour créer un véritable univers de fantasy entièrement inventé sans reprendre du vocabulaire issu de notre propre réalité, comme on le voit trop souvent en fantasy. Par exemple, le soleil est nommé l’œil de Skearith dans cet univers, l’auteur réfléchit également au moindre détail de ce monde comme les vêtements, les matériaux utilisés, la faune et la construction de cette société plutôt basée sur un système matriarcal. Cela permet une réelle immersion dans cet univers qu’on prend un grand plaisir à découvrir, d’autant plus que la plume de l’auteur reste accessible et les éléments de l’univers bien amenés pour ne jamais perdre le lecteur. Il reste tout de même encore beaucoup à découvrir pour la suite de la trilogie, notamment sur les mystères qui entourent le passé des personnages, Joron et Meas étant liés à des personnages particulièrement influents.

Concernant l’intrigue, elle se met en place petit à petit et prend surtout son essor dans la deuxième moitié de ce premier tome, une fois les codes de l’univers bien intégrés. On observe la véritable métamorphose de l’équipage de l’Enfant de la marée sous l’influence intransigeante de Meas qui va transformer les personnages en une véritable famille unie contre l’altérité. On s’attache particulièrement au personnage de Joron à mesure que l’on découvre son passé, ses failles, le deuil de son père qui est décrit avec beaucoup de justesse.

De manière générale, l’intrigue dans sa seconde partie reste assez classique entre navigation, gestion de l’équipage et batailles navales. Il y a peu de réelles surprises dans le déroulé de l’intrigue et les évènements semblent parfois aller un peu vite, notamment dans les déplacements du navire et dans la rapidité avec laquelle évolue l’équipage. Ainsi les liens entre les membres de l’équipage et cette évolution auraient pu être étoffés pour que le tout semble un peu moins facile et accentuer la tension au sein du récit. Cependant Les Vaisseaux d’os reste avant tout un très bon divertissement qui brille surtout pour son univers et pour son atmosphère de found family au sein de ce vaisseau des morts. Le sous-texte autour de l’exploitation des ressources et des dragons chassés pour leurs os jusqu’à leur extinction, ce qui est à l’origine de nombreux conflits, est bien exploité. Le récit met parfaitement en avant l’absurdité de ces conflits où l’exploitation jusqu’à l’épuisement d’une ressource devenue presque inexistante continue pourtant d’alimenter des guerres interminables, ce qui vient menacer l’équilibre de ce monde, apportant une dimension écologique et sociétale forte à ce récit.

RJ Barker signe ainsi un premier tome particulièrement immersif qui séduit moins par les rebondissements de son intrigue que par la richesse de son univers et de ses personnages. Porté par une véritable identité maritime, un worldbuilding soigné et un équipage auquel on s’attache rapidement, Les Vaisseaux d’os nous emmène dans une aventure ébouriffante sur les pas d’un équipage que l’on voit peu à peu se reconstruire en suivant les traces de dragons disparus, dont les vestiges continuent d’alimenter les plus grands conflits de cet univers.

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L’Enfant de la marée, tome 1 : Les vaisseaux d’os (1/3)
Auteur :
RJ. Barker
Traduction : Hermine Hémon et Erwan Devos
Couverture : Edward Bettison
Maison d’édition : Leha
Genre : Fantasy
Date de publication française : 28 août 2025
Nombre de pages : 448 pages
Prix : 25 € (broché) / 14,99 € (numérique)

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