[Chronique] Défense d’extinction, de Ray Nayler

D’ici un siècle, peut-être davantage.
Au fin fond de la taïga russe, des milliers d’années après leur disparition, les mammouths foulent à nouveau la Terre… et meurent. Mais si le clonage d’ADN exhumé du permafrost dont ils sont issus garantit l’inné, il n’assure en rien l’acquis. Désarmés, sans le savoir et l’expérience des matriarches d’une génération antérieure inexistante, les géants dépérissent. Or, il existe peut-être une solution : Damira Khismatullina, éthologue de renommée mondiale, spécialiste des pachydermes qui a dédié sa vie à la défense des éléphants du continent africain — en vain. À cette nuance près que Damira a été assassinée par des braconniers il y a bien longtemps. Qu’à cela ne tienne : les scientifiques russes disposent d’un atout. Effrayant, terrible, résolument contre-nature…

MON avis

J’avais découvert Ray Nayler avec son roman La Montagne dans la mer qui ne m’avait pas complètement convaincue. J’avais tout de même envie de laisser une seconde chance à l’auteur et de le découvrir dans un format plus court. Et ça tombe bien puisque les éditions Le Belial’ ont publié en 2025 pour la première fois l’auteur dans leur collection de novella Une heure lumière. Me voici donc lancée dans Défense d’extinction, novella qui aborde un sujet important et qui me touche particulièrement à savoir la lutte contre le braconnage et le commerce de l’ivoire.

Ainsi Ray Nayler mêle dans cette novella la thématique du braconnage, en prenant en particulier le cas des éléphants, avec des tropes de science-fiction comme des expérimentations sur la conscience humaine ou encore le travail sur la réapparition et ré-implémentation d’espèces disparues comme les mammouths. Si ces tropes ne surprendront pas les amateurs de science-fiction et que Ray Nayler n’innove pas autour d’eux, ils sont parfaitement alignés au message de préservation des espèces porté par la novella et s’y intègrent parfaitement. La dimension science-fictionnelle ne sert pas tant à surprendre qu’à donner plus d’ampleur au propos écologique porté par le texte et à nous montrer le futur vers lequel on se dirige.

Le message est d’ailleurs rendu d’autant plus percutant par le format court du récit et par la narration choisie, une narration protéiforme qui emmène le lecteur à travers les époques et différents points de vue. En passant d’une époque à l’autre, Ray Nayler rend d’autant plus factuel l’anéantissement des espèces passant d’une ère où les éléphants sont chassés malgré des tentatives de protections par certains groupes et associations à une époque où ils n’existent tout simplement plus à l’état sauvage. Ray Nayler met ainsi en exergue de manière brute et sans concession le combat perdu d’avance de ceux qui se battent pour protéger ces espèces face à des braconniers prêts à tout pour parvenir à leur fin. Les différents points de vue abordés dans le récit viennent également renforcer le sujet du braconnage, nous emmenant au plus près de ceux qui luttent de manière veine contre cette pratique en sacrifiant leur vie, mais nous confrontant aussi à ceux qui la perpétuent. Et l’auteur construit son récit avec beaucoup d’intelligence, même lorsqu’il nous place du point de vue des braconniers, il remet toujours en question leurs pratiques tout en montrant les mécanismes qui entretiennent ce système.

« Pour une raison ou une autre […] ce qui a toujours attiré le plus mon attention c’est l’ivoire. Blanc et étincelant, il se démarquait sur les présentoirs – comme des asticots dans une plaie. Et j’ai compris… C’est une chose d’être originaire d’une zone d’extraction. De vivre à l’endroit où les prélèvements ont lieu. Mais un éléphant, lui, sait ce qu’être la zone d’extraction signifie. C’est son histoire. L’éléphant est immense, mais pas autant que l’histoire de l’exploitation humaine. »

Si les personnages auraient pu être plus développés, car certains se mélangent ou souffrent d’interchangeabilité, le message du récit quant à lui frappe fort. Et si cette novella n’aide pas à (re)trouver un espoir en l’espèce humaine, elle se termine sur une très belle note pleine de nostalgie, de douceur et de sensibilité.

Avec Défense d’extinction, Ray Nayler propose une novella qui utilise certains tropes de la science-fiction pour proposer une réflexion profondément actuelle sur la disparition des espèces liée au braconnage. Sans chercher à renouveler les codes de la science-fiction, l’auteur les mobilise avec intelligence pour renforcer son propos et offrir un récit à la fois sombre et sensible et nous mettre face à un futur dans lequel certaines espèces auront disparu.

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Défense d’extinction
Auteur :
Ray Nayler
Traduction : L’épaule d’Orion
Couverture : Aurélien Police
Maison d’édition : Le Belial’
Genre : Science-fiction
Date de publication française : 22 mai 2025
Nombre de pages : 160 pages
Prix : 12,90 € (broché) / 6,99 € (numérique)

2 réflexions sur “[Chronique] Défense d’extinction, de Ray Nayler

  1. Avatar de Jean-Yves Jean-Yves 13 juin 2026 / 6 h 21 min

    J’ai bien aimé La montagne mais j’ai aussi préféré ce format court, qui lui a été un véritable coup de cœur.

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  2. Avatar de Anne-Charlotte Anne-Charlotte 13 juin 2026 / 10 h 07 min

    Une novella que j’ai beaucoup aimée aussi, qui m’a un peu rappelé La vieille anglaise et le continent (que je viens de lire).

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