[Chronique] Heureux comme jamais, de Guillaume Chamanadjian

À bord du Space Dragon, vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les ultrariches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Noah a grandi sur le vaisseau en compagnie de son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.
Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon, Noah apprend l’existence d’un message en provenance de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque au sein du vaisseau une guerre de pouvoir sans pitié.

MON avis

Guillaume Chamanadjian est devenu, ces dernières années, un auteur incontournable de l’imaginaire francophone et il nous prouve qu’il peut en explorer toutes les facettes en quittant cette fois-ci la fantasy pour pour s’aventurer en science-fiction. Envolons-nous donc dans l’espace aux côtés d’ultra-riches qui ont fui une Terre ravagée dans l’espoir de coloniser une nouvelle planète tout en abandonnant à une mort certaine les derniers êtres humains restants.

C’est donc dans un style très différent que l’on retrouve Guillaume Chamanadjian. Loin de ses romans d’ambiance très sensoriels se déroulant au cœur de villes, il nous propose ici une critique sociale vive et désabusée au sein d’un vaisseau spatial. Et pour mieux positionner sa critique, l’auteur nous place du point de vue du seul personnage – outre son père – qui n’appartient pas à la caste des ultra-riches : Noah, nouvelle ingénieure de maintenance du vaisseau qui prend la relève de son père malade. On assiste ainsi à ses premiers pas dans ce rôle, qui vont très vite se révéler marqués par la désillusion et le désenchantement.

Le titre du roman donne un bon indice sur le ton satirique et grinçant du récit et sur son ambiance humoristique. L’auteur force volontairement le trait que ce soit dans les situations, la description des personnages ou encore dans les actions de l’étrange IA de bord pour appuyer son message. Il met parfaitement en scène le stress de son héroïne, sa naïveté dans sa volonté de bien faire qui laisse place à un désarroi grandissant à mesure qu’elle découvre la véritable facette des autres passagers du vaisseau et que les catastrophes s’accumulent jusqu’à devenir incontrôlables.

C’est ainsi, toujours au rythme d’une playlist très à propos animée par l’IA qui accompagne et aide Noah dans sa mission, que les pages se tournent de manière effrénée et que l’on suit les déplacements de l’héroïne dans le vaisseau. Au gré de ses rencontres, Guillaume Chamanadjian nous montre comment l’humanité peut s’enfoncer dans la bêtise et l’égoïsme alors même que d’étranges nouvelles parviennent de la Terre. Se pourrait-il que les personnages de cette expédition ne soient pas les derniers humains vivants dans l’univers ? Cette question va animer le récit, semant désordre et tension au sein du vaisseau. À partir de là les rebondissements vont s’enchaîner, offrant un grand divertissement qui s’accentue à mesure que l’on observe les ultra-riches s’enfoncer dans leurs travers.

« Ces derniers temps, j’en suis venue à la conclusion que l’humanité ne méritait peut-être pas de survivre, monsieur. Du moins… » Noah fait un vague signe de sa main libre pour englober le vaisseau : « Pas celle-ci. Pas comme ça. Pas à n’importe quel prix. »

Heureux comme jamais est ainsi un roman très plaisant à lire. À la fois drôle et dynamique, mais aussi triste, révoltant et touchant dans les notes d’espoir qu’il propose, il trouve le ton juste pour dénoncer des dirigeants déconnectés de toute humanité, alors même qu’ils ont le destin des autres entre leurs mains. Si le dénouement m’a semblé un peu facile, Guillaume Chamanadjian réussit néanmoins à tourner en dérision le pouvoir des ultra-riches et à mettre en lumière les dérives d’un modèle fondé sur l’hypocrisie et l’égoïsme.

D’autres avis : YuyineLe Nocher de livres


Heureux comme jamais
Auteur :
Guillaume Chamanadjian
Couverture : Elena Vieillard
Maison d’édition : Aux forges de Vulcain
Genre : Science-fiction
Date de publication française : 12 mars 2026
Nombre de pages : 192 pages
Prix : 18 € (broché)

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