[Chronique] Lady MacBeth, d’Ava Reid

Elle sait qu’elle va être mariée à une brute venue d’Écosse qui ne rend jamais les armes. Elle sait que la cour hostile qu’il lui fera sera emprunte de soupçons. Elle sait qu’elle devra utiliser toute sa ruse et sa magie pour survivre. Elle sait que ce Macbeth cache lui aussi des secrets. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’une prophétie pèse sur les épaules de son mari comme une armure encombrante. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que sa magie à elle, est plus grande et plus dangereuse encore, et qu’elle menacera l’ordre du monde. Elle ne le sait pas encore. Mais cela viendra.

MON avis

Dans Lady MacBeth, Ava Reid nous emmène dans une Ecosse médiévale où elle réinvente l’histoire de cette figure shakespearienne qui donne son nom au roman. Si, comme dans la pièce originale, l’intrigue évolue autour d’un trio sorcières énonçant des prophéties qui vont conduire le général MacBeth à convoiter le titre de Roi, dans sa version, Ava Reid prend de très grandes distances avec l’histoire de Shakespeare, renversant les rôles des personnages et la dynamique de la relation entre MacBeth et son épouse, jusqu’à s’en éloigner frontalement dans sa seconde partie.

Comme le titre l’indique sans ambiguïté, c’est l’épouse du général écossais MacBeth qui est la figure centrale de ce roman. Et pour ancrer son personnage et lui donner une plus grande épaisseur que son alter ego shakespearien, Ava Reid lui invente une histoire, une origine, mais aussi un pouvoir. Car la Lady MacBeth d’Ava Reid, dont le vrai nom est Roscille, est une sorcière dont on dit que le regard rendrait fou les hommes. Pour les protéger de son influence, Roscille porte un voile devant son visage. Mais Roscille est aussi la fille bâtarde d’un duc qui, pour protéger sa réputation, va l’offrir à un homme résidant sur des terres bien éloignées de ses origines, l’Ecosse. On suit donc Roscille, de son arrivée sur les terres de son nouvel époux jusqu’à son rôle d’épouse aux côtés d’un homme dont l’ambition ne va cesser de croître sous l’influence de son épouse, mais aussi de mystérieuses prophéties. L’instrumentalisation du corps et de l’esprit de Roscille va être un des thèmes centraux de l’intrigue. Roscille est dépeinte en début du roman comme la victime de jeux politiques menés par des hommes, elle est contrôlée autant dans son corps par le port de ce voile qui entrave le pouvoir qu’elle pourrait avoir sur les hommes, que dans son esprit, contrainte de devenir soumise à un homme brutal qui n’hésite pas à se servir d’elle dans ses dessins les plus cruels. Lady MacBeth est donc avant tout l’histoire d’une femme, instrumentalisée, qui va progressivement s’émanciper et reprendre le contrôle de son corps, de son pouvoir et de sa destinée.

La première moitié du récit est saisissante tant par son ambiance que par la construction du personnage de Roscille et de sa relation avec MacBeth. L’écriture d’Ava Reid m’a agréablement surprise, à la fois simple et incisive, choisissant chaque mot avec précision pour donner du poids aux émotions de son héroïne et à l’atmosphère froide et sauvage de cette Ecosse médiévale. À travers cette plume, l’autrice fait résonner l’injustice de la condition de Roscille, sa solitude et sa volonté d’influer sur sa destinée par la ruse et l’intelligence, tandis qu’une tension sourde s’installe peu à peu.

On découvre une héroïne torturée, d’abord effacée, contrainte de s’adapter à une nouvelle vie à mille lieues de tout ce qu’elle connaît, dans un milieu rude et hostile. Seule femme évoluant dans cet environnement militaire peuplé d’hommes rustres, Roscille entretient avec eux une relation ambiguë : à la fois crainte, désirée et tenue à distance par l’aura inquiétante qui l’entoure. L’ambiance du roman, d’abord feutrée et presque contemplative, glisse progressivement vers quelque chose de plus oppressant à mesure que l’ambition et la violence de MacBeth se manifestent, préparant une montée en tension aussi lente qu’inéluctable.

« Sa mère était de ces deuxièmes ou troisièmes filles, mais son nom a disparu avec sa vie perdue en couches. Toutefois, les leçons qu’elle aurait pu impartir à Roscille, celle-ci les a apprises en observant Adélaïde : il lui a suffit de comprendre ce qu’elle ne devait jamais faire, ce qu’elle ne devait jamais être. Il fallait être belle, garder l’esprit aiguisé comme un rasoir et prendre garde aux objets tranchants. Ce qu’il y a de plus impardonnable chez une femme, c’est la folie. »

Si j’ai été envoûtée par l’ambiance de cette première partie de roman et par le mystère entourant le personnage de Lady MacBeth, j’ai malheureusement été moins convaincue par la suite. La promesse d’une femme mystérieuse, entièrement contrôlée par les hommes et qui s’émancipent progressivement grâce à la ruse n’est pas tenue tant Roscille semble subir ce qu’elle vit. Si elle montre un début de maîtrise en essayant d’influencer les hommes qui l’entourent, elle prend ensuite toutes les mauvaises décisions, et se retrouve trop souvent impuissante face aux évènements, bien loin du personnage intelligent et stratège que l’autrice tentait de dépeindre. Le récit ne donne donc jamais vraiment le moyen à Roscille de reprendre le contrôle, elle ne maîtrise ni les évènements ni ne domine le jeu politique. Si son destin évolue, il ne le fait qu’à travers une romance convenue et donc toujours par l’intermédiaire d’un homme.

Sur la question des hommes, le récit déçoit également dans son manque de nuances. Lady MacBeth est un roman qui se veut féministe, et qui diabolise tous les hommes comme étant des monstres. La seule contradiction apportée est celle du love interest qui est lui aussi, et dans un sens littéral, un monstre mais qui tente de réfréner sa part monstrueuse. Le message du roman manque finalement de subtilité et il est dommage que Lady MacBeth n’ait pas montré une personnalité plus prononcée pour prendre en main son destin sans l’intermédiaire d’un homme.

Lady MacBeth est donc avant tout l’histoire d’une femme instrumentalisée, qui va peu à peu s’émanciper et tenter de reprendre le contrôle de son existence, dans un monde qui n’a cessé de la contraindre et de la façonner selon les désirs des hommes. Si j’ai été envoûtée par la première moitié et par la plume de l’autrice dépeignant avec un ton incisif la dureté de cette Ecosse médiévale et des jeux politiques qui y ont lieu, j’ai été moins convaincue par la deuxième partie. L’évolution de Lady MacBeth aura pour moi manqué de finesse et d’audace, l’héroïne subissant trop son sort en prenant tous les mauvais choix. De plus, le ton du récit s’éloigne de la tension dramatique shakespearienne pour offrir une romance comme on en a déjà lu beaucoup, accompagnée de quelques facilités narratives et d’un manque de nuances sur la question de la monstruosité des hommes. J’ai tout de même passé un bon moment avec cette lecture, en particulier grâce à sa première moitié et à l’atmosphère du roman très bien installée grâce à la plume de l’autrice.

Livre reçu en service de presse de la part des éditions PAL que je remercie


Lady MacBeth
Autrice :
Ava Reid
Traduction : Pierre-Paul Durastanti
Illustration : Elizabeth Wakou (poche)
Maison d’édition : Sabran / PAL
Genre : Fantasy
Publication française : 31 octobre 2024
Nombre de pages : 284 pages
Prix : 24,90 € (relié) / 8,00 € (poche)


Une réflexion sur “[Chronique] Lady MacBeth, d’Ava Reid

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 28 janvier 2026 / 7 h 14 min

    Zut ça démarrait extrêmement bien. Bon, c’est pas grave, je l’ai déjà dans ma pal, donc j’ai très envie quand même de le découvrir, car l’ambiance que tu décris est exactement ce que j’aime.

    J’aime

Répondre à tampopo24 Annuler la réponse.