[Chronique] Roi Sorcier, de Martha Wells

Kaiisteron, prince démon incarné parmi les humains, et son amie Ziede, sorcière de son état, se réveillent inhumés dans un tombeau abandonné au beau milieu de l’océan. Sans aucun souvenir d’y être venus…
À coups d’invocations et de possessions mentales, ils remontent la piste d’une autre disparition inquiétante, celle de Tahren Stargard, l’épouse de Ziede. Ce sera le fil rouge de leur quête, puisque Tahren doit elle aussi jouer un rôle crucial dans le renouvellement des alliances politiques en cours, en tant que représentante de son peuple, les Bienheureux immortels.

MON avis

Martha Wells est très connue pour sa série de science-fiction Journal d’un AssaSynth, mais elle publie également dans le genre de la fantasy et a sorti en 2023 Roi Sorcier, premier tome de ce qui devrait au moins être une trilogie et qui a même remporté le prix Locus en 2024. Notez tout de même que l’intrigue trouve une résolution à la fin de ce premier tome et qu’il peut donc tout à fait être lu de manière indépendante.

Roi Sorcier dévoile dès ses premières pages un univers assez riche et nous emmène tout de suite au cœur de l’action. On y découvre le personnage de Kaiisteron, un démon, qui se réveille emprisonné dans un cercueil. Pas loin de lui, son acolyte Ziede, sorcière de son état, est également emprisonnée et sa femme Tahren manque à l’appel. Une fois libérés, les deux amis vont devoir partir à sa recherche et enquêter sur le complot les ayant conduit dans cette situation.

Ainsi, le récit s’ouvre directement dans le vif du sujet et, je vous préviens, il n’est pas forcément aisé à suivre. Comme je le disais, l’univers est riche et porté par une plume dense et qui reste de manière générale assez vague sur les évènements se déroulant au fil de l’histoire. De plus, le roman met en scène différentes catégories de personnages : démons, sorcières, exégètes, maréchales immortelles et autres bienheureux immortels. Il n’est pas évident de bien comprendre comment fonctionnent ces différentes catégories de personnages, de comprendre leurs histoires et leurs liens. L’autrice ne prend jamais le temps de vraiment se poser pour expliquer son univers, et tout est introduit dans les grandes lignes à travers l’intrigue. Si j’apprécie le fait que Martha Wells ne prenne pas le lecteur par la main et que l’univers mette en scène une belle diversité de personnages, celui-ci aurait tout de même gagné à être plus développé afin que l’on puisse naviguer plus facilement dans le récit au lieu de rester dans un flou constant tout au long de l’intrigue. L’univers joue d’une très belle esthétique et il est dommage qu’il reste aussi opaque durant la lecture.

Parlons de l’intrigue justement. Celle-ci alterne entre passé et présent. Les chapitres du passé permettent d’en apprendre plus sur les personnages principaux, la manière dont ils se sont rencontrés et ont développé leur lien dans un contexte de guerre. Les chapitres du passé ont une bonne dynamique et fonctionnent bien grâce aux relations que développent les personnages. Les chapitres du présent sont plus lents et contemplatifs, l’intrigue y reste assez simple, basée sur la recherche d’un personnage disparu. De manière générale, Roi Sorcier n’est pas un récit d’action, mais plutôt un roman où l’ambiance prime. Là où Martha Wells gère parfaitement son récit est dans le personnage de Kaiisteron et notamment son évolution entre passé et présent. L’autrice nous montre de manière très réaliste comment ce personnage s’est forgé. On le découvre très jeune dans les premiers chapitres du passé, et encore très fragile et peu sûr de lui, très loin de l’image qu’il projette dans les chapitres du présent où il représente une véritable figure d’autorité.

J’ai beaucoup aimé Kaiisteron qui est un personnage réellement habité et qui porte sur son dos le récit. C’est un personnage complexe, moralement gris, mais toujours juste dans ses choix. Les autres personnages sont malheureusement beaucoup moins développés, notamment Ziede qui apporte une touche de fraîcheur et de spontanéité au roman, mais qui est présente de manière bien trop éphémère, comme les sorcières de manière générale.

Comme je le disais précédemment, l’intrigue de ce premier tome reste simple et porte avant tout sur l’ambiance, la psychologie des personnages et les complots et stratégies politiques. On trouve malgré tout plusieurs scènes de combat et un contexte de guerre assez sombre. Malgré les défauts mentionnés dans la chronique, j’ai beaucoup apprécié cette lecture et le ton du récit. Il y a une certaine sensibilité qui s’en dégage, surtout dans son dénouement, que je ne m’attendais pas forcément à trouver. J’ai apprécié suivre les personnages dans leur enquête et, même si Roi Sorcier n’est pas le roman le plus renversant dans son déroulé et ses rebondissements, l’intrigue reste efficace et plaisante à suivre.

En résumé, Roi Sorcier est un premier tome dense, qui privilégie l’ambiance, la psychologie et les dynamiques politiques à une intrigue spectaculaire. Si son univers riche et volontairement peu explicité peut déstabiliser, rendre la lecture exigeante et laisser le lecteur en peu trop à distance des évènements, le roman trouve sa force dans son atmosphère et dans le personnage de Kaiisteron, figure centrale complexe et nuancée dont l’évolution est bien écrite. Malgré des personnages secondaires trop en retrait et un déroulé parfois lent, ce premier tome propose une fantasy sombre et sensible, qui fonctionne davantage sur l’émotion et les relations que sur les rebondissements, et qui donne envie de poursuivre l’exploration de cet univers.

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Roi Sorcier
Autrice :
Martha Wells
Traduction : Mathilde Montier
Illustration : Cynthia Sheppard
Maison d’édition : L’atalante
Genre : Fantasy
Publication : 26 septembre 2024
Nombre de pages : 464 pages
Prix : 25,50 € (broché) / 9,99 € (numérique)

Une réflexion sur “[Chronique] Roi Sorcier, de Martha Wells

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 21 janvier 2026 / 7 h 11 min

    J’ai apprécié cette lecture tout comme toi, mais les mois passant, j’avoue que j’ai en garde un souvenir assez léger peut-être parce que c’était trop classique et que l’univers n’était pas assez développé pour moi.
    Je serais quand même curieuse de poursuivre.

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