[Chronique] La Couleur du froid, de Jean Krug

Antarctique, 2070.
Mila Stenson est l’héritière tourmentée d’une multinationale tentaculaire, fondée sur le cryo-dollar et le réchauffement climatique. Mais depuis quelques années, la situation se dégrade. La chute inexpliquée des températures menace son empire et des rêves étrangement vivants troublent son sommeil.
Lorsqu’un message, détecté dans la glace et rédigé dans une langue inconnue, arrive soudain à son attention, c’est le déclic. Accompagnée par Valda Kalitsch, une climatologue maladroite et brillante, et Paul Damann, un technicien polaire rongé par son passé, elle décide de répondre à l’appel austral. Une enquête dans la poudreuse et le vent déchaîné, à la toute pointe du froid, avec cette promesse de comprendre, peut-être, qui ils sont vraiment ?

MON avis

Après Le Chant des glaces et Cité d’Ivoire, La Couleur du froid est la troisième publication de l’écrivain français et glaciologue Jean Krug. Dans ce dernier roman, l’auteur revient à ses premières amours pour le froid et la glace en nous emmenant en Antarctique dans une intrigue aussi gelée que régie par des lois du froid.

Le froid comme personnage principal

La Couleur du froid se déroule dans un futur assez proche dans lequel le climat de la Terre prend une direction inattendue puisqu’au lieu du réchauffement climatique prédit par tous les scientifiques, c’est en réalité un grand refroidissement des températures qui est en train de se produire. Dans ce contexte, le roman navigue durant les différents chapitres entre plusieurs personnages. On peut en citer quelques-uns comme Mila Stenson qui a hérité très jeune d’une multinationale possédant plusieurs branches dont une spécialisée dans le froid, Valda Kalitsch, une des dernières glaciologues de son époque et son assistant Cass ou encore Paul Damman un technicien travaillant sur la station polaire appartenant à l’entreprise de Mila.

Si on suit tous ces personnages, le véritable personnage principal de cette histoire est en réalité le froid. Jean Krug dépeint à la perfection le décor qui lui donne vie, rendant tangible le froid intense de l’air, les paysages blancs immaculés et l’épaisseur de la glace. Les personnages, quant à eux, paraissent petits face à l’immensité de cette nature préservée de l’Antarctique et face à l’ampleur des mystères et de la science qui régit les lois du froid et de la thermodynamique. Les personnages, plutôt que des héros, sont finalement des témoins d’évènements troublants sur la nature même du froid et de la glace qu’ils tentent de décrypter à leur modeste échelle.

« La neige, pour la première fois depuis des jours, avait délaissé sa tristesse. Elle était à la fois blanche et éclatante, noyée de lignes roses et de reflets dorés, bleutés parfois dans les ombres oblongues des lointains nuages. »

Un récit qui transcende les lois du froid

Ainsi La Couleur du froid est un roman qui repose grandement sur des concepts scientifiques et dans lequel l’auteur transcende le phénomène de froid en lui insufflant un souffle de vie. L’auteur va très loin dans sa démonstration, quitte à prendre le risque de perdre certains lecteurs au passage, car, s’il explique parfaitement bien les bases à connaître en thermodynamique et en sciences du froid, il dépasse ces concepts et va plus loin que ce que la science connaît aujourd’hui. En ce sens, il nous livre une histoire assez vertigineuse dans ses révélations et les concepts abordés.

Si on peut donc saluer l’imagination de l’auteur et sa manière de faire vivre le froid, on peut tout de même regretter un manque d’équilibre entre l’intrigue et les concepts mis en jeu. Même si ce n’est pas moins que l’avenir de l’humanité qui en jeu dans le récit, l’intrigue peine à décoller dans ses enjeux et dans son déroulé. Les personnages, même s’ils sont assez bien construits et loin d’être caricaturaux ne captivent pas toujours et leur psychologie ne m’a pas semblé assez approfondie pour qu’on s’attache réellement à eux. Certaines révélations concernant les personnages restent donc trop prévisibles et certains évènements tragiques concernant les personnages sont annoncés au détour d’une phrase avant d’être complètement balayés pour revenir à la nature et au froid.

Ce que le froid révèle des personnages

Malgré tout, à travers ses personnages, l’auteur aborde un certain nombre de thématiques de manière sensible et pertinente comme le deuil, l’abandon, la quête de sens d’une vie que d’autres ont tracé pour nous. J’ai aussi particulièrement apprécié la manière dont Jean Krug met en scène la science et les scientifiques, très loin de l’approche caricaturale qu’on trouve dans bien trop de romans. On ressent parfaitement à quel point l’auteur connait son sujet et ce monde qu’il dépeint.

Finalement, La Couleur du froid est un roman qui n’est pas exempt de longueurs dans le déroulé de son intrigue et qui aurait pu laisser une plus grande place à ses personnages pour exister. Cependant, ce qui ressort avant tout dans ce texte est la passion de l’auteur pour le froid et la glace et c’est sûrement son principal atout. L’auteur nous fait voyager dans son univers et rend un bel hommage au froid à l’heure où les pôles se réchauffent et la glace se fissure. Si tout n’est donc pas parfait, le partage lui l’est et je remercie Jean Krug de m’avoir réconciliée avec le froid.

Roman reçu en service de presse de la part des éditions Pocket que je remercie

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La Couleur du froid
Auteur :
Jean Krug
Illustration : Aurélien Police (poche)
Maison d’édition : Critic / Pocket
Genre : Science fiction
Publication : 17 mai 2024
Nombre de pages : 665 pages
Prix : 23,40 € (broché) / 11,70 € (poche) / 13,99 € (numérique)

2 réflexions sur “[Chronique] La Couleur du froid, de Jean Krug

  1. Avatar de Jean-Yves Jean-Yves 17 janvier 2026 / 7 h 12 min

    Et en plus Jean Krug est adorable. Et Il m’avait avoué à quel point La horde du Contrevent l’avait inspiré.

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  2. Avatar de Lutin82 Lutin82 17 janvier 2026 / 8 h 24 min

    ah! j’en attendais plus, bien plus car il me tenter sur pas mal de point.
    Du coup, jeu de mot à l’appui, tu me refroidis!

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