[Chronique] Warbreaker, de Brandon Sanderson

Voici l’histoire de deux sœurs : Siri, une jeune fille rebelle envoyée par son père pour épouser le tyrannique Dieu-Roi, et Vivenna, qui va tenter de la sauver de son sort. C’est aussi l’histoire de Chanteflamme, un autre dieu qui n’aime pas son travail, celle de Vasher, un immortel qui essaie de réparer les erreurs qu’il a commises autrefois, et de Saignenuit, sa mystérieuse épée. Dans leur monde, celui qui meurt auréolé de gloire devient un dieu et vit dans le panthéon du royaume d’Hallandren. C’est un monde transformé par la magie biochromatique, la magie du Souffle. Un Souffle qu’on ne récupère définitivement que sur un individu à la fois… Brandon Sanderson prouve une fois encore qu’il excelle dans la création d’un imaginaire avec ses mythes et sa magie propres.

MON avis

Brandon Sanderson est un de mes auteurs de fantasy favoris, et même si je n’ai pas forcément apprécié tout ce que j’ai lu de lui, je prends un grand plaisir à explorer son univers étendu, le Cosmère, depuis ma découverte de Fils-des-brumes qui correspond exactement à tout ce qui j’aime en termes de développement d’univers, de profondeur de personnages et de thématiques, mais aussi d’ambiance sombre et désespérée à souhait. À ce titre, Warbreaker n’était pas un roman pour moi sur le papier, car il représente une sorte d’anti-Fils-des-brumes : place ici à une intrigue lumineuse portée par l’humour et l’espoir car, comme le titre l’indique, les enjeux du roman vont bien être d’éviter la guerre, et non pas de la mener. Et pourtant le talent de Brandon Sanderson pour créer des intrigues complexes où tout est pensé jusqu’au moindre détail et où rien ne va là où on l’attend, a encore frappé et j’ai adoré cette lecture.

Un roman non dénué de défauts

Pourtant ce n’était pas gagné d’avance, car Warbreaker est un récit non dénué de défauts et j’ai même passé une grande partie de la lecture à râler sur le rythme, les personnages, l’intrigue ou encore le worldbuilding. Car, de manière générale, il y a une certaine latence causée par le fait que la plupart des personnages observent les autres sans savoir comment agir, ce qui ne permet pas de créer correctement la tension qui aurait pu contrebalancer le rythme lent. Les personnages sont peut-être également le point le plus frustrant du livre, car ils ont du mal à captiver et le fait d’alterner entre 4 points de vue ne permet pas de les développer autant qu’on le voudrait. Il est pourtant très intéressant de voir le destin des deux sœurs Siri et Vivenna qui se retrouvent chacune balancée dans la vie qu’aurait dû avoir l’autre. Brandon Sanderson installe un jeu de miroir et une résonance entre les deux personnages toujours très bien calculée au fil du récit. Malgré tout, les deux sœurs mettent du temps avant de vraiment rayonner et pendant une grande partie du récit, Siri souffre d’une trop grande superficialité quand l’arc de Vivenna est freiné par son énervante naïveté. À côté de ça, il y a deux très bons points de vue, celui de Chanteflamme, un dieu désabusé qui est le pendant humoristique du récit et Vasher, celui qui tire toutes les ficelles dans l’ombre, point de vue le plus fascinant, mais présent en très petites touches.

Un univers qui joue sur les illusions

En termes d’univers, Warbreaker est un roman lumineux, coloré et satirique. Il nous emmène au sein d’une cour des dieux qui joue énormément sur les apparences, mais dont on comprend bien vite qu’elle est faite d’illusions. Le système politique qui est dépeint semble ainsi très protocolaire, tout est contrôlé jusqu’aux moindres détails et la figure effrayante du Dieu-Roi est positionnée au centre de tout, et pourtant elle interroge, car on ne distingue aucune autorité réelle de ce personnage. Brandon Sanderson nous dépeint une société au pouvoir de façade où tout se joue dans la manipulation. Tout l’aspect religieux lié à l’existence de dieux-humains semble également être avant tout un outil politique avec des dieux ayant un pouvoir plus symbolique que réellement décisionnel. Brandon Sanderson instaure donc un jeu très réussi entre réalité et illusion et plus le récit avance, plus les apparences se craquèlent. Alors qui tire vraiment les ficelles ? C’est bien là tout l’enjeu du roman.

Humour et magie comme leviers narratifs

L’humour est également un point central du récit et Brandon Sanderson joue d’ailleurs avec différentes formes d’humour à travers les différents personnages mélangeant un humour recherché composé de traits d’esprit et de jeux de mots avec un humour plus basique, des plaisanteries de mercenaires. Ce mélange d’humour fonctionne très bien et casse le côté strict et procédurier de la vie à la cour. Difficile également de parler d’un roman de Brandon Sanderson sans mentionner le système de magie. Il joue ici sur les couleurs et si le système de magie est une nouvelle fois très intéressant, il met beaucoup de temps avant d’être exploité et fonctionne davantage comme un levier stratégique que comme un système spectaculaire, et il faut attendre la fin pour le voir réellement se déployer.

Quand toutes les pièces se rassemblent…

Warbreaker joue donc avec plein de très bons éléments, mais qui, pris un par un, se révèlent frustrants pendant une grande partie du récit du fait d’une magie qu’on voudrait mieux comprendre, de personnages qui semblent perdus, d’une intrigue qui avance très vite tout en faisant du sur-place et d’une tension qui n’est pas assez présente. Et pourtant, quand tout est enfin en place, le récit devient grandiose, car avec Brandon Sanderson tout est toujours pensé jusqu’au moindre détail. Ce qu’on a pris pour des facilités scénaristiques sont en fait des pièges dans lesquels on est tombé, certaines révélations évidentes en cachent d’autres plus surprenantes, les personnages prennent enfin le chemin de leur destin, parfois de manière déchirante, Vasher dévoile ce qu’est vraiment la magie chromatique… Le roman se termine en apothéose, rassemblant toutes les graines que l’auteur avait semées, tout en laissant en suspens de nombreux mystères.

Même si j’ai beaucoup râlé, j’ai finalement adoré explorer cet univers, surtout pour l’expérience de lecture, car Warbreaker est un roman riche qu’on peut lire de manière vraiment active en établissant mille théories, en prenant des pages de notes, en analysant chaque mot pour déceler des indices sur le Cosmère. J’ai hâte que Brandon Sanderson revienne dans cet univers et je rêve d’un roman centré sur Vasher, personnage bien mystérieux qui est très loin d’avoir livré tous ses secrets.

Warbreaker est un roman qui peut se révéler frustrant à la lecture, mais qui est pensé dans les moindres détails et se révèle brillant une fois toutes les pièces du puzzle rassemblées. S’il souffre d’un manque de tension en son centre et de personnages qui mettent du temps à se dévoiler, il finit par livrer une intrigue d’une grande richesse entre son ton satirique, sa réflexion sur la foi et le pouvoir politique et la quête d’identité des personnages dont l’image se reflète comme un miroir.

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Warbreaker
Auteur : Brandon Sanderson
Traduction : Mélanie Fazi
Maison d’édition : Le Livre de poche
Genre : Fantasy
Publication française : 2012
Nombre de pages : 992 pages
Prix : 12,90 € (poche) / 11,99 € (numérique)

6 réflexions sur “[Chronique] Warbreaker, de Brandon Sanderson

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 19 novembre 2025 / 7 h 19 min

    Avec Sanderson de toute façon les univers sont toujours très bien construits. Alors même si, effectivement, il y a quelques défauts, ça reste une très bonne lecture, tu as raison.

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 23 novembre 2025 / 22 h 15 min

      Oui c’est ça qui est bien avec cet auteur, on sait qu’on va être servi en worldbuilding et franchement ça fait du bien de pouvoir lire des worldbuilding de cette qualité de temps en temps !

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  2. Avatar de Jean-Yves Jean-Yves 19 novembre 2025 / 11 h 22 min

    J’ai passé un bon moment, et j’ai adoré l’univers mais le problème de rythme, surtout pour un tel pavé, m’a empêché de sauter le cap du coup de cœur.
    Après, avec l’auteur, on est sûr de passer à minima un bon moment, et c’est déjà très bien !

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  3. Avatar de Anouchka Anouchka 21 novembre 2025 / 14 h 53 min

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman pour ma part ! Après il s’agit d’un de ses tout premiers, écrit je crois en parallèle ou juste après Elantris et il a énormément progressé depuis.

    As-tu lu les Roshar et L’Ensoleillé par hasard ? Parce que Warbreaker est aussi un ouvrage qui s’avère vraiment important côté Cosmère. Il pose quelques bases ainsi que des personnages importants.

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 23 novembre 2025 / 22 h 23 min

      Oui c’est un de ses premiers et c’est déjà incroyable pour ça ! Je n’ai pas encore lu les Roshar et l’Ensoleillé car je lis les livres du Cosmère dans l’ordre, donc là avant Roshar je dois encore lire la 2e ère de Fils des brumes !

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