[Chronique] La Ronde de nuit, de Bora Chung

Une gardienne de nuit raconte ses rondes dans les couloirs d’un étrange institut de recherche où sont conservés des objets paranormaux. Chaque laboratoire recèle un mystère : un mouchoir brodé d’un oiseau bleu narrant un tragédie familiale, des baskets hantées par un mouton au pouvoirs surnaturels, un livre relatant les légendes d’un royaume disparu, ou encore un chat qui demande : « mais pourquoi m’a-t-il tué ? » À travers ces récits de malédiction et de vengeance, Bora Chung dénonce les horreurs de notre époque et porte un regarde bienveillant sur les minorités et les animaux.

MON avis

En ce début d’année 2025, les éditions Rivages ont récupéré dans leur catalogue deux romans de l’autrice coréenne Bora Chung : Lapin maudit repris en poche après avoir été autrefois édité chez Matin Calme et La Ronde de nuit, inédit en France.

La Ronde de nuit est un fix-up de sept nouvelles, toutes liées à un étrange Centre de recherche dans lequel on conserve et étudie des objets hantés/possédés. Certaines nouvelles se déroulent au sein des couloirs du centre de recherche notamment au cours de ces fameuses rondes de nuit durant lesquelles des gardiens parcourent les couloirs s’assurant que toutes les portes sont bien fermées. D’autres nouvelles nous plongent dans l’histoire des objets (ou animaux) qui sont gardés dans l’institut et la dernière nouvelle nous dévoile l’envers du décor, à savoir ce qu’il se passe en journée dans l’institut lors d’un « bain de soleil », une journée par mois durant laquelle les objets sont rassemblés à l’extérieur et exposés au soleil. Et derrière tout ça se trouve la mystérieuse et envoûtante figure de l’Ancienne, seul personnage vraiment récurrent du récit. C’est une femme aveugle qui, malgré sa cécité, est la véritable mémoire de l’institut et semble en connaître tous les secrets dont elle nous dévoile quelques bribes. 

« Parfois je me demande aussi quel objet je laisserai derrière moi.
– Le mieux, c’est de partir léger, sans vouloir à tout prix laisser quelque chose derrière soi, me dit l’Ancienne d’une voix ferme.
Je partage cet avis. Mais dans les faits, tout ne se déroule pas toujours comme on voudrait. Si tout le monde était parti léger, ce Centre n’existerait pas. »

Le style de Bora Chung est froid et incisif, parfait pour initier une atmosphère glaçante à ses nouvelles. Si les nouvelles relèvent du genre du fantastique horrifique, les différents textes rassemblées ne sont pas vraiment terrifiants, mais ont tous un aspect dérangeant voire malsain. J’ai particulièrement apprécié les nouvelles se déroulant durant les fameuses rondes de nuit au sein de l’institut. Chaque nouvelle nous présente l’histoire d’un gardien différent et des éléments paranormaux auxquels il a été confronté durant son travail. Dans chacun de ces textes, la voix de l’ancienne résonne comme un couperet énonçant les règles immuables des gardiens de nuit, notamment la première de toute : ne jamais regarder derrière soi.

« Dans ces situations, il ne faut surtout pas surréagir. Et ne pas chercher à toucher, non plus. Ne jamais poser de question du genre : « Il y a quelqu’un ? » Du moment que vous acceptez l’existence de quelque chose, ce quelque chose existe et grandit dans votre esprit. Vous vous ensorcelez vous-même, vous êtes possédez par vous-même. »

Au cours de chacun des textes, Bora Chung nous présente donc l’histoire de certains objets du Centre de recherche et on voit également quelques objets à l’œuvre comme des baskets possédés par un mouton qui vont faire la frayeur d’un des gardiens de nuit. Sur les 7 nouvelles, deux m’ont un peu moins convaincue même si j’ai apprécié les chutes. J’ai surtout été fasciné par l’aura que dégage ce Centre de recherche dont on se doute qu’il cache bien plus de secrets que ce qui nous est révélé dans ces pages. Ainsi l’autrice gère très bien le mystère qui hante ce lieu ainsi que les objets qu’il contient, mais aussi les animaux qui y habitent comme un étrange mouton et un chat qui se demande pourquoi il a été assassiné. Exercice de style réussi donc même si les thématiques abordées (les animaux, le deuil ou des violences conjugales pour en citer quelques-unes) auraient pu être encore développées et que les textes auraient pu aller un peu plus loin dans l’horreur. La fin offre une note d’espoir et de douceur assez surprenante, mais finalement très cohérente avec le message général que veut offrir le texte pris dans son ensemble.

Fix-up de 7 nouvelles en lien avec un Centre de recherche autour d’objets et d’animaux hantés, La Ronde de nuit nous emmène dans un lieu hors du temps à la découverte d’histoires sombres et dérangeantes. Dans son style froid et incisif, Bora Chung donne une aura fascinante à cet institut que l’on découvre majoritaire de nuit et nous dévoile un univers où le surnaturel côtoie le quotidien, explorant des phénomènes paranormaux et l’histoire d’objets et d’animaux possédés, en maintenant un climat de tension et de mystère. Un livre à découvrir donc pour les amateurs d’histoires et de lieux étranges qui cachent bien plus de secrets qu’ils n’en dévoilent.

Roman reçu dans le cadre d’un service de presse des éditions Rivages que je remercie

D’autres avis : Just a word


La Ronde de nuit
Autrice :
Bora Chung
Traduction : Kyungran Choie et Pierre Bisiou
Couverture : Cate Rangel
Maison d’édition : Rivages
Genre : Fantastique / Horreur
Publication française :  5 mars 2025
Nombre de pages : 176 pages
Prix : 19,50 € (broché) / 14,99 € (numérique)

19 réflexions sur “[Chronique] La Ronde de nuit, de Bora Chung

  1. Avatar de cyrilg61 cyrilg61 19 avril 2025 / 7 h 41 min

    merci pour ton analyse. Je ne connaissais cette actrice, je vais me pencher sur ses 2 recueils.

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 20 avril 2025 / 20 h 00 min

      Avec plaisir, il faut aussi que je me penche sur son premier recueil que je n’avais pas repéré à sa sortie.

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    • Avatar de cyrilg61 cyrilg61 3 Mai 2025 / 20 h 57 min

      Oups, désolé pour les fautes. Je ne me suis pas relu et sur smartphone, il prend des initiatives pour les corrections…

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  2. Avatar de Symphonie Symphonie 20 avril 2025 / 9 h 25 min

    J’aime beaucoup les creepy pastas autour des gardiens de nuit, alors je ne peux que le mettre dans ma wishlist ! 😀

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  3. Avatar de tampopo24 tampopo24 20 avril 2025 / 21 h 05 min

    Comme prévu malgré la plume froide qui me fait un peu peur j’ai très envie de découvrir cette ambiance hantée et de me frotter à de l’imaginaire coréen. Merci pour ton retour qui l’ajoute à ma pile des oui ^^

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  4. Avatar de L'ourse bibliophile L'ourse bibliophile 3 Mai 2025 / 12 h 00 min

    J’avais déjà entendu parler de Bora Chung sans être certaine d’être tentée, mais ta chronique amplifie ma curiosité pour ce recueil. Je ne lis pas beaucoup de nouvelles et j’espère que la plume me séduira, mais il y a une ambiance et des thématiques qui pourraient bien me convaincre. Merci pour ton avis !

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 8 Mai 2025 / 12 h 38 min

      Franchement la plume reste simple, mais effectivement c’est vraiment plus l’ambiance qui est travaillée. J’espère que ça te plaira !

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      • Avatar de L'ourse bibliophile L'ourse bibliophile 18 Mai 2025 / 17 h 22 min

        A voir si l’occasion se présente, si ce titre se détache tout spécialement parmi mes innombrables envies lectures !

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  5. Avatar de Celestial Celestial 3 juin 2025 / 16 h 26 min

    J’ai Lapin maudit dans ma PAL et je crois que c’est aussi un recueil de nouvelle mais, si elles sont toutes liées entre elles c’est encore mieux ! En tout cas, ta chronique a éveillé ma curiosité et j’ai hâte de le sortir de ma PAL

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