[Chronique] Monstres ordinaires, de J.M. Miro

Londres, 1882. Une figure des ténèbres – un homme fait de fumée – poursuit deux enfants aux pouvoirs extraordinaires : Charlie, doué d’autoguérison, et Marlowe, qui peut brûler ou réparer les chairs. Escortés par deux détectives recrutés pour les conduire à l’institut Cairndale, où un étrange docteur recueille des orphelins aux capacités inhabituelles, ils sont confrontés à une force sinistre et dangereuse qui menace de bouleverser le monde tel qu’ils le connaissent.

Des rues sombres de Londres jusqu’en Écosse, Marlowe et Charlie vont découvrir que les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit…

MON avis

Monstres ordinaires nous emmène aux quatre coins du globe à l’époque Victorienne dans des lieux où règnent ténèbres et mystères. On découvre des personnages à la recherche d’enfants aux capacités paranormales pour les recueillir dans un étrange Institut qui a pour ambition de les protéger contre les dangers extérieurs et plus particulièrement contre la figure de Jacob Marber, personnage terrifiant dont la nature même pose question. Mais l’institut cache de nombreux secrets et les dangers peuvent aussi venir de l’intérieur.

Monstres ordinaires a été une de mes plus grandes surprises de l’année 2024. J’ai tout de suite accroché au style assez descriptif de l’auteur qui met parfaitement bien en valeur l’ambiance sombre, ténébreuse et gothique du récit. Au fil de l’histoire, le roman nous emmène aux Etats-Unis, au Japon, en Autriche ou encore en Grande-Bretagne où on retrouve à chaque fois l’aspect brumeux et enfumé de petites ruelles sombres, tout en conservant les spécificités de chaque lieu. On ressent fortement que l’auteur a pu s’inspirer des romans de Charles Dickens pour l’atmosphère du récit et l’intrigue qui suit des enfants, tous orphelins et ayant connu une vie de misère. Il y a ajoute des éléments fantastiques très mystérieux et un étrange Institut qui semble se trouver dans une sorte de frontière entre la vie et la mort.

Le début du roman est ainsi très mystérieux. On découvre des personnages à la recherche d’enfants ou d’adolescents qui possèdent des pouvoirs paranormaux. C’est ainsi que l’on fait la connaissance de Charlie et Marlowe, deux personnages attachants, pas gâtés par la vie et qui vont devoir se battre pour leur survie et celle des autres enfants de l’Institut. Les personnages sont l’un des gros points forts du roman, car J.M. Miro prend le temps de les développer, de leur construire un passé, des ambitions, une personnalité en adéquation avec ce qu’ils ont vécu. Bien sûr, comme le ton du récit et les évènements qui s’y déroulent, les personnages sont sombres et ont connu plus de malheur et de difficultés que de jours heureux ce qui a forgé ce qu’ils sont. Une certaine noirceur se dégage donc des personnages, accentuée par l’absence de manichéisme. Et pourtant on pourrait penser au départ que tout est joué d’avance avec la figure diabolique de l’antagoniste, Jacob Marber. Mais J.M. Miro prend le temps de développer son personnage et d’exploiter son passé et son histoire, ce qui en fait une figure complexe et pas juste un méchant là pour être méchant. De plus, plus le récit avance et plus la frontière entre le bien et le mal est brouillée. Les intentions des personnages ne sont finalement pas aussi limpides qu’elles le laissaient paraître et vient un moment de l’intrigue où l’on ne sait plus à qui faire confiance jusqu’aux révélations de fin. J.M. Miro ne ménage pas non plus ses personnages, et n’hésite pas à tuer certains personnages au cours de l’histoire. Il offre ainsi à son intrigue des moments d’une grande intensité et attise la crainte que l’on peut ressentir pour les enfants de l’Institut et certains de leurs bienfaiteurs, car on comprend bien vite que personne dans cette histoire n’est épargné.

Monstres ordinaires est donc un récit riche dans lequel les mystères, bien loin de s’évaporer, s’épaississent de page en page pour offrir une histoire bien construite alternant scènes intenses de confrontation, et des scènes plus calmes entre enquête, mystères, introspection et retour dans le passé des personnages, le tout avec beaucoup d’éléments descriptifs venant étoffer l’univers. Le rythme reste lent et il faut apprécier les récits d’ambiance et qui prennent leur temps avant de dévoiler ce qu’ils cachent réellement. Il est vrai que le rythme n’est pas forcément le point fort du récit, J.M. Miro semble moins à l’aise dans les scènes d’action alors qu’il gère parfaitement tout l’aspect développement de l’histoire. Ainsi la différence de rythme entre scènes d’action et le reste du récit peut être brutale et rendre l’intrigue fouillis. La grande bataille finale est longue et pourtant donne l’impression d’aller trop vite et de pas être complètement maîtrisée. Elle est également frustrante, car les secrets ont été dévoilés au lecteur, mais ne sont pas vraiment utilisés par les personnages pour parvenir à leur but. Cette fin qui part dans tous les sens et nous fait ressentir que les 700 pages du roman auraient pu être légèrement réduites a fait que le roman n’a pas été un coup de cœur pour moi. Néanmoins, j’ai été complètement accrochée à l’ambiance du récit, à ces personnages sombres à l’histoire complexe et qui ne sont pas ce qu’ils laissent paraître.

Dernier point positif de ce roman : même s’il s’agit du premier tome d’une trilogie, l’intrigue trouve une résolution à la fin de ce tome tout en laissant une ouverture pour la suite. Ainsi, il nous offre une fin satisfaisante et on peut tout à fait le lire comme un one-shot si on le souhaite.

 Monstres ordinaires nous plonge dans une ambiance sombre et gothique à l’époque victorienne, où des enfants dotés de pouvoirs paranormaux sont traqués par des personnages mystérieux dont on ne comprend pas forcément les intentions . J’ai été captivée par ce roman rempli de mystères et aux personnages très bien développés. Même s’il souffre parfois d’un d’un rythme inégal, notamment lors des scènes d’action qui sont moins maîtrisées, Monstres ordinaires nous offre un très bel univers très développé et une atmosphère brumeuse très bien retranscrite.


Monstres ordinaires
Auteur : J.M. Miro
Traduction :
Thibaud Eliroff
Maison d’édition : De Saxus / J’ai Lu
Genre : Fantasy
Publication : 30 mars 2023
Nombre de pages : 704 pages
Prix : 26,90 € (relié) 20,90 € (broché) / 9,40 (poche)

2 réflexions sur “[Chronique] Monstres ordinaires, de J.M. Miro

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 15 janvier 2025 / 7 h 27 min

    Une belle et riche ambiance qui m’attire forcément puisque tu parles de Dickens et de gothique. Je note le bémol sur le rythme et les scènes d’action en revanche. Et c’est une bonne idée qu’il puisse se lire comme un one-shot au besoin.

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