
Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d’un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu’ils se croient à l’abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d’un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d’embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer…

J’ai beaucoup entendu parler de cette trilogie de fantasy dont les deux premiers tomes sont parus dans les années 2010 et pour laquelle les fans ont dû attendre presque 10 ans pour connaître le dénouement. En 2025, le tant attendu tome 3 est sorti, l’occasion pour moi d’enfin me lancer dans cette série.
Et j’ai compris dès la lecture du premier tome la réputation de Martyrs qui possède tous les très bons ingrédients de la fantasy politique et épique, tout en y ajoutant des petites touches originales que je ne m’attendais à trouver et surtout un rebondissement de fin de tome 1 pour le moins inattendu qui vient redistribuer toutes les cartes et enrichir et complexifier d’une très belle manière cet univers qui pouvait sembler classique jusque-là.
Martyrs c’est un récit qui a été publié au début des années 2010, mais qui reste pourtant très moderne dans le type de fantasy proposé, tout en conservant les codes du genre. Il n’y a aucun mal à lire les deux premiers tomes aujourd’hui et cela fait plaisir de voir une série de fantasy épique laisser une si belle place aux personnages féminins. On retrouve ces dernières dans de très beaux rôles, aussi importants que les rôles masculins, que ce soit des figures politiques ou militaires. Dans Martyrs, les femmes peuvent gouverner, prendre la tête d’armée, se battre ou simplement faire preuve de ruse pour déjouer les complots et cela est d’autant plus mis en avant dans le dernier tome.
Premier tome : Intrigues de cour et fantômes
Le point de départ du premier tome concerne d’abord l’histoire de deux frères Irmine et Helbrand. Tous deux font partie du peuple des Arsekers, un peuple guerrier doté de pouvoirs surhumains et qui a été exterminé des décennies plus tôt. Avec leurs yeux dorés, les Arsekers qui ont survécu suscitent l’effroi et les deux frères survivent en se déplaçant constamment et en jouant les assassins. Leur chemin va les mener à la cour de la ville d’Alerssen afin d’y protéger une princesse prisonnière du nom de Kassis, rencontre qui va bouleverser leur vie et les entraîner sur le plateau d’un vaste échiquier politique. Et à mesure que les complots se resserrent, une figure mystérieuse va tourner autour d’eux en ayant toujours un coup d’avance, un Arseker borgne dont on ne sait pas s’il s’agit d’un personnage bien réel, d’une légende ou d’un fantôme…
Ce premier tome reste très classique dans son déroulé. Le récit suit plusieurs fils, que ce soit des intrigues de cour autour du personnage de Kassis qui rêve de liberté, ou des intrigues plus politiques à travers la figure du Roi Karmalys qui manigance et règne d’une main de fer quitte à déclencher guerres et conflits. C’est dans un univers violent où la tension se fait ressentir à chaque page que nous entraîne le récit, mais derrière l’âpreté de ce monde, c’est aussi l’amour qui va être le véritable moteur de l’intrigue : l’amour interdit entre Kassis et Irmine, l’amour familial et inconditionnel entre les deux frères Arsekers, mais aussi l’amour plus manipulateur entre le Roi et sa sœur Akinessa, surnommée La Main Douce. Le premier tome installe ainsi une trajectoire pour chacun de ces personnages qui vont tous devenir les acteurs principaux d’une lutte de pouvoir impitoyable qui se prépare.
Ainsi Martyrs nous dévoile un premier tome d’une grande efficacité, reprenant des codes classiques, mais donnant également vie à de nombreux personnages dont on ne fait ici qu’entrapercevoir la grandeur et la complexité de la destinée. L’auteur installe également une mythologie assez légère mais intrigante avec une magie en filigrane et la présence étonnante de fantômes. Comme pour les personnages qui ne demandent qu’à se révéler, cette mythologie ne représente que les prémisses d’un univers bien plus vaste qui se dévoilera dans les tomes suivants. Et si ce premier tome pouvait sembler trop classique dans son déroulé, il se termine par des retournements renversants qui marquent un véritable point de bascule, faisant de ces prémisses les fondations d’une fresque épique autrement plus riche et ambitieuse.
Deuxième tome : Voyage dans le passé et revirements politiques
Comme souvent dans les trilogies, le tome 2 de Martyrs est un tome de mise en place centré sur les complots politiques et se fait moins épique que le précédent. Les intrigues politiques sont ainsi le cœur de ce deuxième tome dont les chapitres alternent entre les points de vue des différents personnages. La nouveauté de ce deuxième tome réside dans des chapitres qui nous emmènent dans le passé à la découverte de l’histoire de la nation Arseker. On y rencontre le personnage d’Allena, une figure bien mystérieuse qui va peu à peu prendre une place centrale dans l’intrigue.
Ce deuxième tome de Martyrs se concentre sur les principales figures politiques. Kassis, Karmalys et Akinessa prennent ainsi les devants alors qu’Hellbrand et Irmine se font quant à eux plus discrets. Luttes pour obtenir, reconquérir ou maintenir le pouvoir, complots politiques, vengeance et manipulations sont pléthores dans ce tome et l’auteur excelle dans la mise en place de ces intrigues politiques riches et complexes.
En contrepartie, le rythme de ce tome se fait très lent, l’auteur mettant petit à petit en place les évènements qui se produiront dans les tout derniers chapitres. Ce manque de rythme se fait ressentir, d’autant plus que celui-ci soulève énormément de mystères et de questions sans apporter beaucoup de réponses. Les chapitres au passé sont passionnants et ouvrent sur une nouvelle forme de magie et une mythologie draconique autour desquels le mystère est très longtemps entretenu. La frustration se fait donc ressentir face à des révélations attendues qui peinent à arriver.
Le récit concernant le passé aurait donc pu être encore plus développé et l’intrigue aurait gagné à être un peu plus dynamique, mais ce deuxième tome reste captivant grâce à la qualité de l’écriture d’Oliver Peru dans la construction de son intrigue et le développement psychologique de ses personnages.
Troisième tome : La naissance d’une légende
Si le deuxième tome ressemblait à un tome de transition, c’était pour mieux nous offrir le troisième tome époustouflant que l’on attendait. Ainsi, même si les fans de la première heure ont longtemps attendu cet ultime tome, l’attente en valait la peine devant un tel résultat. Oliver Peru revient ici avec une écriture encore plus maîtrisée offrant un tome passionnant de bout en bout, qui va de surprises en surprises, jusqu’à de nouvelles révélations dans les cinquante dernières pages qui remettent une nouvelle fois en question le sens même de l’histoire.
Oliver Peru réalise ainsi un tour de force avec ce dernier tome qui termine en apothéose cette trilogie de fantasy aussi intense que passionnante. Ce troisième tome conclut la trajectoire des personnages de manière magistrale, leur offrant toujours plus de profondeur psychologique. Le personnage d’Irmine, moins présent dans le tome 2, se révèle dans ce dernier tome, mais l’auteur ne délaisse ni les antagonistes, ni les personnages secondaires quel que soit leur camp. On se délecte de la décision de certains personnages, on adore en détester d’autres et voir le sort qui leur est réservé. On se passionne aussi pour le lien aussi spécial et mystérieux qu’entretiennent plusieurs personnages avec un dragon nommé Silence. Tout ce que l’auteur avait minutieusement préparé dans les deux premiers tomes se met en place dans un final maîtrisé de bout en bout qui nous tient en haleine durant ses 900 pages.
Et ce sont bien les personnages qui sont au cœur de ce troisième tome et de la saga dans son intégralité. Le personnage de Kassis a une évolution impressionnante, mais c’est bien le personnage d’Irmine qui se révèle être le véritable héros de cette saga. Et à ce titre sa trajectoire est époustouflante. Oliver Peru nous montre au fil des tomes le parcours d’un homme ordinaire qui va peu à peu devenir une figure de légende. Plus que toutes les luttes politiques, c’est de ça que parle Martyrs : de la manière dont un homme peut devenir une légende.
Ce troisième tome nous offre également son lot de scènes épiques se concentrant sur les stratégies militaires et mettant en scène des batailles impressionnantes et haletantes. Moi qui ne suis pas particulièrement férue de scènes de batailles, elles m’ont ici passionnée tant elles sont réalistes et riches en détails. Oliver Peru ne décrit pas que les combats, mais aussi les positionnements de chaque camp et les décisions et mouvements de chaque personnage. Il nous emmène au cœur des combats, montrant parfaitement comment un camp peut prendre le dessus sur l’autre. J’ai rarement lu des scènes de bataille aussi bien écrites même s’il faut avouer que la toute dernière bataille se termine de manière trop abrupte rompant avec le reste qui était extrêmement détaillé.
Ainsi, si j’avais été séduite par les deux premiers tomes, mais un peu freinée par l’aspect classique du premier et par le manque de dynamisme du deuxième, j’ai trouvé que la trilogie se révélait véritablement dans le dernier tome nous apportant toutes les révélations que l’on attendait et bien plus encore. Une fois arrivé au troisième tome, il est impressionnant de mesurer le chemin parcouru et l’évolution des personnages, dont l’un s’élève véritablement au rang de légende. Martyrs s’impose comme une fresque de fantasy politique et épique remarquablement construite et dotée d’une belle mythologie, qui prend le temps de développer ses personnages et qui s’impose comme une œuvre majeure dans le paysage de la fantasy francophone. Je suis ravie que l’auteur ait pris le temps de terminer cette saga, lui offrant un final à la hauteur de son ambition.

Du même auteur : Druide

Martyrs d’Oliver Peru – Editions J’ai Lu – Fantasy
Tome 1 : 700 pages, publication en mars 2013 et réédition en mars 2025, 16,90 €
Tome 2 : 639 pages, publication en août 2014 et réédition en avril 2025, 16,90 €
Tome 3 : 895 pages, publication en mai 2025, 17,90 €
