[Chronique] The Book of love, de Kelly Link

Quatre sont revenus d’entre les morts.
Deux resteront.
Deux retourneront au néant.

Lovesend, Massachusetts.
Laura Hand, Daniel Knowe et Mo Gorch ont disparu pendant des mois. Ils étaient morts et quelqu’un – ou quelque chose – les a ramenés à la vie.
Bowie est revenu avec eux : pas le chanteur, mais une entité énigmatique qui a adopté son nom de famille et une vague ressemblance.
Laura, Daniel et Mo n’ont aucune idée des épreuves qui les attendent. Mais leur ancien professeur de musique peut les aider à faire face au conflit magique très ancien dans lequel ils sont désormais impliqués…

MON avis

J’attends toujours avec impatience les nouveautés signées Albin Michel Imaginaire et quand, en plus, ces nouveautés possèdent de sublimes couvertures signées Anouck Faure, je ne peux que craquer. Je me suis donc lancée un peu à l’aveuglette dans ce Book of love et on peut dire que le résultat a été surprenant. Avant la lecture j’avais de la peine à imaginer ce que pouvait renfermer ce livre et en le refermant, je comprends que ce flou n’était pas surprenant tant ce livre est singulier et difficile à décrire et à ranger dans une case.

Bienvenue à Lovesend, petite ville américaine sans histoire apparente. Sans histoire ? C’est pourtant bien l’histoire de cette ville et de ses habitants que va nous raconter The Book of Love. Car la petite ville tranquille va être le théâtre d’événements rocambolesques quand des personnages à la nature étrange vont commencer à arpenter ses rues et que quatre de ses habitants vont soudainement revenir, officiellement d’un voyage en Irlande, en réalité de la mort !

The Book of love est un récit qui fourmille de toutes parts. Chaque chapitre suit le point d’un ou plusieurs personnages à commencer par Laura, Daniel, Mo et Bowie qui reviennent d’entre les morts et vont devoir reprendre leur vie dans une atmosphère de mensonge, tout en essayant de comprendre ce qui leur est arrivé. Et cela ne suffit pas car, pour rester, ils vont également devoir réaliser des défis lancés par un étrange personnage (leur ancien professeur de musique !) qui les a prévenus : quatre sont revenus, deux resteront, deux retourneront.

Si tout le mystère autour de leur mort et ce qu’il se passe réellement à Lovesend constitue le fil rouge de l’intrigue, celui-ci se défait et se retisse au gré des aléas de la vie quotidienne qui reprend son cours pour les personnages. The Book of Love est ainsi un récit plein de digressions qui navigue d’un personnage à l’autre à travers des chapitres courts, dynamiques et colorés. L’autrice mêle les choses les plus banales du quotidien à une magie qui surgit soudainement, presque de nulle part.

Le récit accorde également une grande place aux relations, qu’elles soient amoureuses ou familiales, avec une belle diversité de représentations, même si à mon goût la romance et les scènes explicites prennent parfois trop de place. Cela reste néanmoins cohérent avec l’aspect presque psychédélique du roman et avec la situation de ces personnages revenus d’entre les morts pour une durée indéterminée. Ils semblent vouloir prendre une forme de revanche sur la vie, profitant de tout avec excès : magie, musique ou relations intimes. Et tous doivent composer avec une vie chaotique, devoir à nouveau faire face à problèmes qu’ils avaient laissés derrière eux ou découvrir que tout a changé pendant leur absence.

La musique occupe d’ailleurs une place primordiale dans l’histoire, que ce soit à travers la passion des personnages pour le chant et la musique, mais aussi dans les très nombreuses références musicales qui parsèment le récit. Au début du roman, j’ai même eu l’impression d’être submergée par toutes ces références, me donnant parfois le sentiment de passer à côté d’un pan de l’histoire faute d’avoir la culture musicale nécessaire pour toutes les saisir. Cela s’équilibre toutefois assez vite et la musique reste un fil conducteur important et bien mené jusqu’à la fin du récit.

Finalement The Book of love est vraiment un roman qui parle de la vie de jeunes adultes dans une petite ville américaine, de cette difficulté liée au fait de laisser l’enfance et l’adolescence derrière soi, de faire des choix, et aborde des réflexions sur la vie, la mort, le deuil, le fait de trouver une place. Tout le mystère très intrigant au début sur la mort de Laura, Daniel, Mo et Bowie se révèle finalement être assez simple dans son explication et cette trame ainsi que la magie sont peut-être des prétextes pour parler simplement de la vie.

Vous l’aurez compris, The Book of love est un roman très singulier, surprenant dans sa narration, qui ne va pas là où on l’attend. Si cette narration pleine de digressions et au ton très décalé ne plaira peut-être pas à ceux qui ont besoin d’une trame plus linéaire et qui n’aiment pas les récits qui partent dans tous les sens, personnellement je me suis prise au jeu. Je me suis laissé porter par ces personnages touchants et j’ai aimé découvrir leurs histoires, leurs hésitations, leurs erreurs et leurs tentatives parfois maladroites de reprendre une vie qui ne les a pas attendus et voir la magie s’engouffrer dans leur quotidien.

Roman reçu en service de presse

D’autres avis : Tachan


The Book of love
Autrice :
Kelly Link
Traduction : Michelle Charrier
Couverture : Anouck Faure
Maison d’édition : Albin Michel
Genre : Fantasy
Date de publication : 25 février 2026
Nombre de pages : 736 pages
Prix : 29 € (broché) / 14,99 € (numérique)

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