[Chronique] Le Bastion des dégradés

La magie de l’Artescence se dégrade : parmi les artistes qui, sous leurs pinceaux, donnent corps aux architectures les plus grandioses de la Morceterre, des rebelles sont désormais traqués. Car peut-on s’essayer impunément à modifier les apparences et même, en dépit des règles de l’Art, à jouer avec la vie ? D’une tour en décombres émergent d’étranges secrets dont les teintes se lient et se délient ; pour sauver l’Artescence… ou la condamner à jamais.

MON avis

Les éditions PVH sont une maison d’édition franco-suisse spécialisée dans les littératures de l’imaginaire. J’y avais déjà découvert le roman Place d’âme de Sarah Schneider qui avait été une belle découverte. Elle revient cette fois-ci accompagnée de quatre autres auteurs, tous déjà édités aux éditions PVH, avec un nouveau roman de fantasy mettant à l’honneur l’art, de ses plus belles créations jusqu’aux limites de son utilisation pouvant amener jusqu’au chaos.

Le Bastion des dégradés nous emmène dans un récit choral à la découverte de cinq personnages différents pour cinq auteurs participants à l’écriture. Si le projet d’écrire un roman à cinq plumes était ambitieux, le défi est largement relevé. On ne ressent jamais de décalage entre les différents chapitres et les différentes plumes et si chaque auteur porte sa voix et son personnage, l’harmonie globale du récit est toujours conservée. Les chapitres se suivent avec fluidité et les destins de tous les personnages s’entremêlent dans une cohérence globale toujours respectée. Chaque personnage suit sa propre destinée, mais tous participent également à la grande fresque liée à l’Artescence.

Car le cœur de ce roman est bien l’Artescence, cette forme de magie basée sur l’art. À travers les différents personnages et les différentes situations, on découvre plusieurs formes d’utilisation de cette magie, des plus codifiées de ceux qui suivent les règles strictes de l’Académie, aux plus libres à travers les penseurs qui tentent de défier les lois de la nature et de construire des œuvres toujours plus impressionnantes. Il y aussi les marginaux qui exercent l’Artescence de manière illicite, la marchandant pour modifier les corps et ceux qui la corrompent afin de créer la vie et des créatures terrifiantes. Le Bastion des dégradés nous offre ainsi un système de magie riche et bien pensé. L’univers et la société ont été correctement construits autour de cette magie, rendant le récit crédible et agréable à suivre. On se plait à suivre les différents personnages, découvrir leur place dans cette société assez codifiée et la manière dont leur chemin vont se croiser.

Le récit entretient volontairement un flou dans sa temporalité qui peut perturber à la lecture, mais qui est nécessaire pour nourrir le mystère autour de certains événements. Ainsi à mesure que le récit avance, on ne peut que se questionner sur certains fils de l’intrigue qui ne semblent pas toujours cohérents, des décisions étranges et une absence d’impact réel de certaines catastrophes. Le roman est plutôt centré sur les personnages principaux qui sont au cœur de l’action et donne moins de place pour les personnages secondaires, ce qui rend parfois difficile de saisir l’ampleur des répercussions de certains événements. Et c’est justement ce flou qui prépare le terrain pour le dénouement : toutes ces interrogations trouvent leur sens dans les dernières pages. Le Bastion des dégradés offre alors de très belles révélations, qui complètent le puzzle et apportent les pièces manquantes venant confirmer la solidité de l’univers. Il est impressionnant de se rendre compte de la place de chaque personnage et de la manière dont tous les auteurs ont réussi à s’accorder pour mieux jouer avec le lecteur.

Ainsi Le Bastion des dégradés est un roman dynamique, bien écrit, à l’univers riche et plaisant à découvrir. Et derrière le beau divertissement proposé, il interroge sur le lien entre l’artiste et la création et sur la manière dont une œuvre peut se détacher de son créateur.

Pour aller plus loin dans cet univers, de très belles illustrations se trouvent à la fin du roman et les éditions PHV ont lancé un concours de créations sous format libre s’inspirant de l’univers du roman. N’hésitez pas à vous renseigner par ici si cette belle initiative vous intéresse (limite de participation au 11 juillet 2026).

Roman reçu en service de presse


Le Bastion des dégradés
Auteurs : Julien Hirt, Pascal Lovis, Aquilegia Nox, Stéphane Paccaud & Sarah Schneider
Couverture : John Howe
Maison d’édition : PVH
Genre : Fantasy
Date de publication : 18 novembre 2025
Nombre de pages : 512 pages
Prix : 19,99 € (broché) / 9,99 € (numérique)

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