[Chronique] Plein-ciel, de Siècle Vaëlban

Sur l’île de la Nébuleuse, l’Opéra Plein-Ciel fait la pluie et le beau temps, et chacune de ses représentations se doit d’être parfaite. Des Confins à la capitale, tous les habitants sont appelés à mettre leurs dons au service de l’Opéra. Née au sein d’une famille d’aristocrates capables de métamorphoser les corps, Ivoire est une simple dompteuse de rubans, et c’est loin de son milieu social qu’elle a trouvé sa place, au sein d’un prestigieux atelier de couture. Mais lorsque la Maîtresse-Jouet de Plein-Ciel remarque son talent, Ivoire n’a pas le choix : elle est forcée d’emménager au cœur de l’Opéra. La voilà plongée dans les coulisses où la vie se mène à un rythme effréné, au gré des préparatifs, des intrigues de cour, et des pamphlets interdits qui circulent sous le manteau et promettent un autre monde possible…

MON avis

Plein-ciel avait tout pour me plaire sur le papier, entre son intrigue promettant des complots au sein d’un opéra et le fait qu’il soit très souvent comparé à La Passe-miroir de Christelle Dabos, je m’attendais à un univers éblouissant rempli de rubans volants dans tous les sens, de décors qui en mettent plein les yeux et de jeux politiques de haute volée.

Si le worldbuilding est effectivement riche et prometteur, il ne m’aura pas offert l’immersion promise par la quatrième de couverture. Pourtant les bases de cet univers sont très bien pensées. L’univers est vif, coloré et original avec son système de castes abritant différentes formes de magie. L’autrice invente un monde où les représentations de l’Opéra conditionnent la vie des habitants de l’île de la Nébuleuse. Ainsi chaque représentation ratée entraîne immédiatement son lot de catastrophes, mettant une grande pression sur les artistes qui montent sur scènes et sur les petites mains en coulisse, et plaçant un grand pouvoir entre les mains de son dirigeant. Mais comment peut-on se représenter ce monde et ce bel univers alors que le roman est totalement dénué de descriptions ? À quoi ressemble l’opéra et ses décors ? L’héroïne, Ivoire, est maîtresse des rubans et travaille sur les costumes de l’opéra, et pourtant on ne sait jamais à quoi ressemblent ces costumes. Avec de telles possibilités, l’univers aurait pu être impressionnant et grandiose, mais il reste flou et ne m’a jamais permis l’immersion attendue.

En termes d’intrigue, j’ai également eu le sentiment d’un cruel manque d’enjeux et de tension pendant une grande partie du récit. L’intrigue m’a semblé désorganisée avec des personnages secondaires très nombreux et interchangeables, une héroïne qui s’occupe d’absolument tout sauf de son travail en tant que maîtresse des rubans. Ivoire possède d’autant plus un don original, mais qui n’est jamais exploité si ce n’est comme prétexte pour lancer l’intrigue. Cette même héroïne a une personnalité changeante en début de récit, on ressent trop la patte de l’autrice qui influence ses choix sans qu’ils collent vraiment avec la personnalité de ce personnage. Cela s’améliore au fil du récit et on sent que l’autrice gagne en maîtrise sur son intrigue au fur et à mesure des pages, mais le rythme de l’intrigue reste déséquilibré.

Concernant les jeux politiques qui ont lieu au sein de cet opéra, là aussi, il est difficile de vraiment y croire. Le roman repose énormément sur des dialogues prenant trop souvent la forme de joutes verbales. À force d’user de ce procédé, le récit donne bien plus l’impression d’être dans une cour de récréation que dans un lieu dangereux où les engrenages politiques ont des répercussions énormes sur la vie publique. Et pourtant, l’autrice est loin d’épargner ses personnages dont beaucoup périssent au fil des pages. Mais il y a un décalage entre le ton utilisé et les évènements qui se déroulent dans le récit.

Mon avis peut sembler dur, mais il est à la hauteur de ma déception tant ce roman était prometteur et aurait pu être une grande réussite. Tous les ingrédients sont là, l’écriture de l’autrice est entraînante et soignée, l’univers est pétillant et sort de l’ordinaire, l’intrigue est originale, promettant de nous emmener dans les coulisses d’un opéra bien particulier. Je suis d’ailleurs loin d’avoir détesté ce livre, bien au contraire j’ai été prise au jeu de l’opéra, j’ai fini par m’attacher au personnage d’Ivoire et j’ai même apprécié la romance qui ne va pas trop vite et apporte la tension qui manque au récit. Mais il y a un déséquilibre dans l’intrigue qui souffre d’un rythme déstructuré et de rebondissements trop prévisibles donnant une fausse impression de complexité alors que l’intrigue et les enjeux sont en réalité très simples. Je suivrai tout de même le travail de l’autrice, car j’ai été séduite par son imagination et je suis curieuse de voir ce qu’elle pourra produire dans le futur, peut-être dans des univers plus adultes.

Plein-ciel reste ainsi un roman avec de très belles idées, porté par un univers original et une écriture soignée. Il avait tous les ingrédients pour être une lecture marquante, mais peine à trouver son équilibre dans son intrigue et dans la construction des personnages. Si l’imagination de l’autrice et ses idées sont pleines de promesses, le manque de descriptions, de tension dramatique et de véritables enjeux pendant une grande partie du récit freine l’immersion et empêche l’Opéra d’être pleinement le lieu de pouvoir qu’il est censé être. Une lecture en demi-teinte donc, frustrante par son potentiel pas complètement exploité, mais suffisamment intéressante pour donner envie de suivre l’évolution de l’autrice dans ses futurs projets.

D’autres avis : Zoé prend la plumeLa Geekosophe


Plein-ciel
Autrice : Siècle Vaëlban
Couverture: Elsa Roman
Maison d’édition : Castlemore (Big Bang)
Genre : Fantasy
Publication française : 7 février 2024
Nombre de pages : 640 pages
Prix : 28 € (relié) / 19,95 € (broché)


Laisser un commentaire