
Le peuple Oméhi mène bataille depuis près de deux cents ans contre des hordes sauvages. Les plus chanceux naissent doués du pouvoir d’invoquer des dragons ou de se transformer en colosse. Tous les autres sont destinés à mourir dans cette guerre sans fin. Le jeune Tau, qui appartient à la caste des inférieurs, compte bien se blesser pour échapper à l’armée. Mais ses proches sont brutalement assassinés par un groupe de nobles. Obsédé par la vengeance, Tau se consacrera à une voie impensable : devenir le plus grand épéiste des Élus et se faire justice.

C’est la grosse sortie de fantasy des éditions Rivages de cette fin d’année 2025 : La Rage des dragons d’Evan Winter, auteur qui a grandi en Zambie, terre qui l’aura inspiré pour construire la mythologie de cette saga prévue en quatre tomes. Si ce premier tome est vendu comme un mélange de Game of Thrones et Gladiator et comme l’un des 100 meilleurs livres de fantasy de tous les temps par le Times Magazine, il ressort surtout comme un bon premier tome qui initie une saga prometteuse, mais reste tout de même introductif dans son ensemble.
La vengeance comme seule guide
L’intrigue de ce premier tome repose sur une base très simple qui peut être résumée par le fait que La Rage des dragons est un récit centré sur la vengeance. On y suit Tau, jeune homme qui fait partie d’une caste d’inférieurs et qui va vivre un drame personnel duquel il n’arrivera pas à se remettre. Je vous laisse découvrir de quoi il s’agit, car l’évènement n’arrive pas tout de suite dans le récit, mais il en résulte une rage qui ne quittera pas Tau et qui le rendra prêt à tout pour mener sa quête de vengeance via un entraînement militaire intensif.
Une société forgée par la guerre
Autour de cette histoire de vengeance, l’auteur développe un univers fait de castes et inspiré de la mythologie xhosa. Le récit est agrémenté de nombreux termes spécifiques à l’univers qui viennent donner une grande richesse au texte sans l’alourdir même s’il faut un peu de temps pour appréhender ce vocabulaire (un glossaire très utile est d’ailleurs présent en fin de récit).
L’univers et la mythologie développés constituent le grand point fort de ce roman se basant sur une guerre ancestrale entre le peuple Omehi (auquel appartient Tau) et les Hédénis, des envahisseurs qualifiés de barbares et beaucoup plus nombreux que les premiers. Le roman s’ouvre sur un excellent prologue qui nous plonge directement dans l’intensité de ce conflit et permet d’en comprendre immédiatement l’ampleur.
Tout dans la société Omehi est construit autour de cette guerre sans fin et le statut de chaque personnage est hiérarchisé avec une grande rigidité. C’est un plaisir de décrypter cet univers, ce système de caste, de découvrir les grandes inégalités qui en découlent. Il existe également dans le roman un système de magie assez complexe et fascinant qui permet, entre autres choses, d’invoquer des dragons et que l’on découvre notamment à travers le personnage de Zuri, intérêt romantique de Tau. Ne vous y trompez pas, les dragons sont très secondaires dans le roman, mais leur invocation fait leur petit effet ! Si cet univers non européo-centré est donc captivant à découvrir, j’ai tout de même regretté que l’auteur n’ait pas plus explicité le contexte géopolitique du roman. Nous savons finalement peu de chose sur l’origine de ce récit ainsi que des aspects politiques qui en découlent et à ce titre on est très loin de la référence Game of Thrones vendue sur la quatrième de couverture. On peut tout de même avoir espoir que les intrigues politiques soient plus développées par la suite.
L’art de la guerre
Si la référence à Game of Thrones est pour l’instant forcée, celle à Gladiator a quant à elle énormément de sens tant le roman est basé sur l’aspect militaire. Les combats sont légion tout au long de ces 650 pages et il y a même très peu de pages qui ne contiennent pas de scènes d’affrontements. Il est essentiel donc d’apprécier les intrigues militaires, et si cela finit par être lassant même pour les amateurs, il faut avouer que les scènes de combat sont très bien écrites et étonnement peu redondantes. L’auteur inscrit ses combats dans de nombreux contextes différents : combats entre Omehi et Hédénis, désaccords entre membres de différentes castes, entraînements militaires, rites de passage, tournois militaires… Il y a une multitude de contextes différents, de types de combat et le tout parfois associé à la magie rend ces scènes très immersives et visuelles. De plus, contrairement à ce qu’on pourrait croire, La Rage des dragons ne fait pas d’apologie militaire, mais le récit remet justement en cause l’utilité de la guerre, soulevant son absurdité quand la victoire est quasiment impossible. Plus l’intrigue avance et plus le récit gagne en profondeur sur ces thématiques pour terminer sur un final excellent entre bataille épique et révélations surprises qui ouvrent l’intrigue vers une nouvelle direction et donnent très envie de lire la suite.
Un anti-héros nourrit par la rage et la souffrance
Difficile de conclure cette chronique sans évoquer Tau. Personnage fascinant à suivre, Tau est un véritable anti-héros dont on comprend les motivations, mais qui se retrouve consumé par la rage et la violence. Prêt à tout pour assouvir sa vengeance quitte à plonger dans la brutalité et la cruauté, il n’hésite pas à se mutiler psychologiquement jusqu’à plonger corps et âme dans la folie. Son évolution aussi bien psychologique que dans sa pratique militaire est bien menée par l’auteur qui ne lui épargne rien. Au contraire, plus l’intrigue avance, plus les obstacles se multiplient, plus les épreuves s’intensifient et plus Tau se fragilise en même temps qu’il se forge. La souffrance tangible de ce personnage et la manière avec laquelle il flirte avec l’autodestruction apportent beaucoup de tension au récit et un aspect dramatique qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.
La Rage des dragons est un premier tome immersif, porté par une mythologie complexe et par une intrigue centrée sur la vengeance. Roman de fantasy profondément militaire, il repose en grande partie sur des scènes de combat d’une grande puissance et très bien écrites, même si leur omniprésence rend parfois le récit répétitif, notamment durant l’entraînement militaire de Tau. Evan Winter parvient néanmoins à maintenir une tension constante grâce à un worldbuilding riche inspiré de la culture xhosa ainsi qu’à une réflexion sur la guerre et le système de castes. Le roman se révèle dur, brutal, souvent sans concession, mais c’est précisément ce ton âpre qui donne sa force au parcours de Tau, anti-héros fascinant qui se consume tout en se révélant. Si l’on peut regretter que le contexte géopolitique n’ait pas été plus développé pour mieux comprendre cette guerre qui fait rage, ce premier tome reste une belle porte d’entrée dans cet univers avec un final qui élargit parfaitement les perspectives pour la suite.

Roman reçu en service de presse de la part des éditions Rivages que je remercie
D’autres avis : Apophis – Tachan

La Rage des dragons
Auteur : Evan Winter
Traduction : Clément Martin
Maison d’édition : Rivages
Genre : Fantasy
Publication : 15 octobre 2025
Nombre de pages : 655 pages
Prix : 24 € (broché) / 17,99 € (numérique)

Tu adores succomber toi aussi à cette nouvelle fantasy. Nous sommes entièrement d’accords au jeu des références. Plus gladiator que GoT.
En revanche pour ma part, le côté africain qui n’a pas été assez poussé pour me faire voyager, j’aurais vraiment aimé aimer un dépaysément plus intense, une immersion plus forte, là ça ressemblait encore beaucoup trop à nos sociétés, comme si un occidental les regardait.
Je ne m’y connais pas mais en tout cas, c’est mon sentiment 😅
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Je suis d’accord que j’ai été frustrée par le worldbuilding que j’aurais aimé voir plus développé au détriment des combats qui auraient pu être moins nombreux. Après comme toi, je ne m’y connais pas en mythologie africaine donc je ne sais pas forcément à quoi j’aurais pu m’attendre d’autre… Mais en fait ce que tu dis ça rejoint mon point sur la géopolitique que j’aurais aimé beaucoup plus poussée pour mieux comprendre la géographie, le contexte et les coutumes et donc être plus immergée dans l’histoire et dans ce monde et son fonctionnement, donc ça te rejoint un peu en fait je pense.
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Totalement en fait, tu as raison !
Croisons les doigts que le tome 2 permette d’approfondir cela 🤞
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