
La Roche. Tous rêvent de fuir cette île sinistre et isolée, où la ressource en eau est rare et les gens abrutis par le labeur. Divisés en castes, les habitants rêvent de faire partie des élus qui prendront le train pour la Capitale, paradis d’où personne ne revient. Mais certains ont décidé d’entrer en résistance, à leur manière. L’artisan Dael, qui illumine le gris de la ville avec des guirlandes pour faire briller les yeux de sa fille Loo. La fouisseuse, qui accumule dans son sous-marin rouillé tous les objets possibles pour tenter de combler le vide de son cœur. Et Sol, qui a décidé de combattre la dictature par la plus belle et la plus indolore des armes : la musique. Lorsque leurs chemins se croiseront, leur vie pourrait bien basculer définitivement…

La Roche est un roman dystopique assez original dans son écriture et son approche de ce genre qui a déjà été beaucoup exploré. L’action se déroule sur une île isolée où la population survit sous un régime totalitaire interdisant l’art et limitant l’accès à l’eau potable. Les autorités maintiennent l’ordre en basant leur régime sur le pouvoir du travail faisant miroiter aux travailleurs les plus investis un départ vers une terre promise, la Capitale, véritable paradis terrestre où tout ne serait que lumière et joie quand sur l’île il faut se contenter de crasse et de labeur. Chaque semaine, les heureux élus prennent le train pour cette destination inconnue. À quoi ressemble leur nouvelle vie ? Personne ne le sait, puisqu’aucun n’est jamais revenu.
Ainsi quand les Rocheux triment dans les Sous-fonds de l’île dans l’espoir de décrocher leur ticket pour la Capitale, les Rocailleux eux s’insurgent et refusent cette vie préférant la débauche et le désespoir. Entre les deux castes se trouvent Dael, artisan désabusé qui tente de survivre avec sa fille Loo et d’apporter un peu de lumière sur l’île grâce à ses création. Il va croiser le chemin de Sol, un musicien de génie, ce qui va bouleverser sa perception des choses et raviver son désir de mettre fin à la dictature.
La Roche est un roman surprenant dans ses codes et son écriture enlevée et empreint d’une poésie moderne. Le récit est ainsi écrit de manière très rythmique, le style jouant avec les mots et les sonorités, usant de répétitions et de nombreux adjectifs, et laissant une grande place aux sens et particulièrement aux bruits et aux sons. La narration est ainsi assez particulière et changeante au court du récit, et s’il n’est pas toujours aisé de visualiser tout ce qu’il se passe, le style est très fluide et nous fait parfaitement ressentir les émotions des personnages. Les personnages sont ainsi le point fort du roman, car ils sont véritablement incarnés, ils possèdent une âme et, s’ils peuvent surprendre dans leurs réactions, on comprend aisément leurs motivations, leurs doutes et leurs moments de folie.
« C’est la gare, la grande, la majestueuse ; la mascarade sans tain. Ici, on oublie la saleté du dehors, on se crée un monde le temps d’une journée et on y croit, et on supporte soudain les affres de la Roche, la fleur au fusil, à peine fanée. Venez nombreux dans cette tireuse à espoir, tarabiscotez vos carcasses et ne lésinez pas les courbettes. Peut-être serez-vous choisis, élus parmi tant d’autres rêveurs pour embarquer sur la locomotive infernale du renouveau. En attendant, tohu et bohu ! on tire le rideau d’un coup sec. »
S’il n’est pas aisé d’en saisir tous les codes, ce monde divisé en différentes castes est agréable à découvrir même si on reste dans le cadre restreint de l’île. Ce cadre justement interroge beaucoup durant la lecture, le mystère est grand face à cette île qui semble être seule au milieu de nulle part. Et cette fameuse Capitale dont tout le monde parle, mais dont personne ne sait rien, existe-t-elle vraiment ? Un autre mystère vient s’ajouter à tout cela, celui d’une sorte de magie liée au fluide que certains individus possèdent et qui leur donnent des facultés particulières.
Là où le récit s’égare cependant concerne l’intrigue et les enjeux. L’intrigue semble prendre plusieurs directions, rebrousser chemin puis y retourner. Se battre contre le système mis en place ? Simplement survivre ? Vouloir à tout prix sa place pour la Capitale ? Penser que la Capitale n’existe pas. À l’image des personnages qui se cherchent, le récit oscille dans plusieurs directions, quitte à finalement tourner en rond. Et lorsque le dénouement arrive, de grosses révélations sont balancées très rapidement, ne laissant ni le temps de les digérer ni de répondre à toutes les questions qu’on se pose. La Roche est donc un roman original, rempli de bonnes idées et porté par de bons personnages, mais il aurait pu être mieux dosé dans ses rebondissements et ses révélations.
À la croisée de la dystopie et du conte moderne, La Roche explore un monde brut et poétique, où l’art est devenu un acte de résistance. Texte sensible porté par une écriture atypique et des personnages incarnés, il se perd parfois dans son intrigue, mais nous emmène dans un univers où l’on se plaît à suivre les actes de rebellion.

Roman reçu dans le cadre d’un service de presse des éditions Pocket que je remercie

La Roche
Auteur : Martin Lichtenberg
Illustration : Julien Rico
Maison d’édition : Héloïse d’Ormesson / Pocket
Genre : Science-fiction
Publication : 18 janvier 2024
Nombre de pages : 416 pages
Prix : 22 € (broché) / 9,90 € (poche) / 15,99 € (numérique)

Malgré un thème largement exploité, ce roman me rappelle un film. Sait on finalement se qu’est réellement le paradis tant espéré ?
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Oui on a des réponses à la fin !
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Une de mes très prochaines lectures, si ce n’est la prochaine, et je suis rassurée de lire que malgré ses particularités la plume est alerte, rythmée, l’univers riche et donnant envie. Je suis très curieuse de m’y frotter même si les dystopies et moi…
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Fini à l’instant, je te rejoins donc sur les belles pistes malheureusement pas totalement exploitées par l’auteur et la narration un peu brouillonne. En revanche, comme toi, les personnages et en particulier Dael mais aussi La fouisseuse m’ont émue. J’ai aussi aimé l’ambiance très grise et le choix final, un peu à contre courant de ce qu’on attend en général des mouvements humanistes des dystopies.
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Oui on est totalement alignée ! Et comme toi je ne suis pas forcément fan de dystopie, mais celle-ci ne propose pas forcément une approche classique ce qui est très appréciable !
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