[Chronique] Le Bouffon de la couronne, de Thibault Lafargue

« Un bouffon est en dessous du peuple mais au-dessus du roi. Amuse le roi et tu amuseras la cour. Alors, tu seras l’être le mieux loti du château ».
Il en faut des hasards du destin pour que Sebrain, jeune homme dédié à la religion du Triste, devienne Tirelangue, le bouffon du château de Belle-la-Ménure. Suite à une terrible maladresse lors d’une rencontre diplomatique, il se voit nommé « bouffon » par le roi afin d’éviter un désastre. Ce mensonge le propulse au cœur des intrigues de la cour, où il découvrira à ses dépens la règle d’or du métier : un bouffon qui ne fait pas rire est un bouffon en danger…

MON avis

Dès l’annonce de cette sortie par les éditions ActuSF, j’étais très enthousiaste à l’idée de lire un roman de fantasy francophone qui, sous ses airs classiques de fantasy d’inspiration médiévale, rebalance les cartes en mettant en lumière un personnage souvent relégué à l’arrière-plan — le bouffon. Et qui a lu Robin Hobb le sait, le Bouffon — ou le Fou — est toujours un personnage qui cache bien des choses et connaît tous les secrets politiques les mieux gardés… Ce Bouffon de la couronne s’annonçait donc palpitant !

Quand on découvre Sébrain au début du roman, il est encore très loin du rôle du Bouffon, projetant plutôt de se dévouer à la religion de cet univers qui célèbre le dieu Triste. Malheureusement pour lui, ses ambitions vont être balayées le temps d’une soirée, et il va devenir le Bouffon du Roi Guillon dans des circonstances que je vous laisse découvrir. Sébrain qui se destinait à une vie vouée à la tristesse et aux larmes, devient alors Tirelangue, un idiot condamné au rire, aux moqueries et autres jongleries.

Un monde où l’on pleure par devoir

Thibault Lafargue nous emmène à la découverte d’un univers de fantasy savoureux. Un véritable univers comme on aime en voir en fantasy : riche, bien construit, avec une belle profondeur. Des nombreux aspects y sont développés tels que la religion, la politique et la géopolitique ainsi que des aspects sociétaux, le tout de manière réaliste et sans pour autant trop complexe permettant à tous de pouvoir lire ce livre : des fans de fantasy qui y retrouveront à bel hommage à Robin Hobb aux plus novices. J’ai été particulièrement bluffée par les idées de l’auteur concernant la religion opposant la religion officielle qui prône la Tristesse à l’Art sous toutes ses formes qui est complètement prohibée. L’auteur instaure ainsi un système inquisitorial qui est décrit avec beaucoup de finesse, montrant parfaitement l’influence insidieuse de l’Église sur l’État et les moyens de contrôle de la population. Cela donne lieu à des scènes très dures auxquelles on ne s’attend pas forcément et qui nous ramènent à la réalité. Car oui, malgré toutes les facéties auxquelles Tirelangue doit s’adonner, les enjeux sont bien plus importants que de simplement amuser la cour.

Et en plus des problèmes internes liés aux partisans de l’Art qui inquiètent le Roi, sont également développées des questions liées à la gestion de la politique étrangère puisque le Roi Guillon veut mettre fin à la guerre contre le Royaume du Levant. L’auteur aborde ainsi les thématiques de la différence et du mélange à travers les difficultés rencontrées dans les relations diplomatiques, mais aussi à travers notre héros qui est métisse.

Dans les coulisses du trône

Le Bouffon de la couronne réussit à développer son univers de fantasy et son intrigue sans qu’on n’en ressente aucune longueur. Les plus de 600 pages de ce livre qui peuvent paraître impressionnantes se lisent en réalité très vite et très facilement grâce à la plume fluide de Thibault Lafargue. Et pourtant l’auteur prend son temps pour nous raconter l’histoire de Sébrain et développer la psychologie de son personnage. Et si on s’attend à être plongé directement dans l’univers du bouffon, c’est loin d’être le cas. Au contraire, on découvre sa vie avant qu’elle bascule, puis les circonstances qui vont l’amener à la cour et sa découverte progressive des lieux et du métier de Bouffon. Thibault Lafargue met très bien en avant les multiples facettes du rôle de Bouffon auxquelles Sébrain va devoir s’habituer, des représentations humoristiques face à la cour, aux invitations plus secrètes et privées, et même jusqu’à l’intimité Roi. Tous les ingrédients auxquels on peut s’attendre dans un bon récit de fantasy politique sont réunis : des complots politiques, de l’espionnage à travers les passages secrets du château, une enquête sur le meurtre d’un personnage public très important et la vie politique troublée entre des relations internationales crispées et une religion qui est remise en doute ; il n’y a vraiment pas de quoi s’ennuyer.

Et on découvre tous ces aspects à travers le personnage de Sébrain qui a lui aussi de nombreux secrets à garder, que ce soit des secrets politiques, mais aussi des secrets mortels liés à la double vie qu’il essaye de mener avec d’un côté son rôle de Bouffon et son dévouement pour le Triste et d’un autre côté la Cour des Artistes qu’il va découvrir. Thibault Lafargue nous emmène ainsi dans une intrigue très riche qui ne nous emmène pas toujours où on l’attend en prenant parfois des revirements à 180°. J’ai simplement regretté que les avancées de l’intrigue soient un peu trop souvent conditionnées à de la romance puisqu’il y a une sorte de triangle amoureux dans le récit et, vous le savez, ce n’est pas ce que je préfère personnellement. J’ai parfois également été agacée par les choix de Sébrain, trouvant qu’il ne prenait pas toujours les bonnes décisions, ce qui peut être frustrant ! Cependant ces points qui m’ont moins convaincue restent mineurs à côté du plaisir de la découverte de cet univers et de cette intrigue aux multiples facettes.

Un dernier point très positif du récit est la manière dont est décrit l’évolution de la relation entre Sébrain et le Roi. C’est un gros pan de cette histoire qui est géré avec beaucoup de réalisme et subtilité par l’auteur. La relation qui lie Sébrain au Roi est complexe, changeante, basée sur des secrets, des non-dits, du chantage, de la manipulation, mais aussi du respect, de la confiance et est surtout conditionnée aux humeurs d’un Roi désespéré par les difficultés auxquelles il doit faire face. Et Thibault Lafargue montre parfaitement les conséquences de ce qui se passe en privé dans les appartements du Roi sur la vie publique et c’est assez plaisant de pouvoir assister telle une petite souris à ce qu’il se passe réellement en coulisse.

Le Bouffon de la couronne a donc été une très belle découverte qui nous rappelle avec grand plaisir l’univers de l’Assassin Royal tout en nous proposant une histoire complètement inédite et originale. Et quelle bonne idée de mettre le Bouffon en personnage principal, personnage aux multiples facettes qui permet de nous faire découvrir tous les secrets de la cour et du Roi. Ça a été un plaisir de découvrir cet univers à la fois riche, violent, cruel et beau à la fois et j’ai hâte de découvrir le second tome qui promet de nous emmener vers d’autres horizons !

Et vous, êtes-vous prêts à suivre un Bouffon qui en sait peut-être plus que le Roi lui-même ?

Cette chronique émane d’un service de presse des éditions ActuSF qui je remercie

D’autres avis : TachanLa Geekosophe


Le Bouffon de la couronne
Auteur :
Thibault Lafargue
Couverture : Hervé Leblan
Maison d’édition : ActuSF
Genre : Fantasy
Publication française :  11 mars 2025
Nombre de pages : 645 pages
Prix : 24,90 € (relié) / 9,99 € (numérique)

16 réflexions sur “[Chronique] Le Bouffon de la couronne, de Thibault Lafargue

  1. Avatar de Tam Tam 26 avril 2025 / 8 h 40 min

    Moi les scènes de viol m’ont dégoûtée, comme le traitement des persos féminins en général. :/ Je trouve ça grave que l’histoire ne prenne aucun recul sur ça, c’est pas grave, on passe au rebondissement suivant !

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 2 Mai 2025 / 15 h 13 min

      Oui je peux comprendre qu’on puisse être heurté par ce genre de scène et comme je le disais, je n’ai pas toujours adhéré à tous les choix du personnage principal et à la partie « romance », ça prend effectivement en compte ces aspects, même si personnellement tout le reste m’a permis d’apprécier la lecture

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  2. Avatar de Aïkà Valisoa Aïkà Valisoa 27 avril 2025 / 14 h 05 min

    Hello 🌞 »un bouffon qui ne fait pas rire est un bouffon en danger… » pour ma part, c’est déjà vendu : et hop dans ma wishlist ✨Merci à toi pour la découverte 😉

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  3. Avatar de tampopo24 tampopo24 27 avril 2025 / 21 h 35 min

    Ça me fait tellement plaisir de découvrir le même engouement que moi chez toi. Oui, Sebrain est parfois pénible, à l’image d’un Fitz (et encore il est bien moins larmoyant) mais l’écriture sensible de l’autrice fait tout passer. J’ai aussi trouvé cette religion des plus originales, tout comme j’ai été convaincue par la relation entre ce Bouffon et son roi, son apprentissage et sa découverte de la vie de la Cour. Tout était passionnant !

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 2 Mai 2025 / 15 h 11 min

      Alors perso j’adore Fitz et je ne le trouve pas du tout pénible et je pense que je serais tout aussi larmoyante s’il m’arrivait le tiers de ce qu’il vit (impopular opinion je sais) ! Du coup, j’ai eu quand même plus de mal avec Sébrain notamment dans son rapport aux femmes. Mais oui pour le reste et surtout la construction de l’univers c’était passionnant !

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      • Avatar de tampopo24 tampopo24 2 Mai 2025 / 16 h 02 min

        Bravo à toi, j’aimerais avoir la même unpopular opinion.
        Au passage, c’est notamment dans sa relation avec Molly que je le trouve pénible, pas forcément pour le reste, parce que là il déguste, oui !

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        • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 2 Mai 2025 / 20 h 25 min

          Ah oui moi comme je ne suis pas très romance, les histoires avec Molly ce n’est pas ce que j’ai préféré et que je retiens le plus !

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