[Chronique] Nettle and Bone de T. Kingfisher

La jeune et timide Marra, dernière fille d’un souverain au royaume convoité, assiste impuissante aux mariages de ses deux sœurs avec le prince Vorling. Car, après la mort mystérieuse de l’aînée, la cadette a dû la remplacer pour tenter de donner enfin un héritier au triste sire. Quand Marra découvre l’ampleur de la cruauté de Vorling, elle ne peut demeurer simple spectatrice plus longtemps : si elle veut sauver sa sœur et empêcher le sort funeste qui l’attend elle aussi, alors la princesse doit tuer le prince. Pour mener à bien son plan, il lui faudra recruter des alliés hauts en couleur : une sorcière capable de parler aux morts et sa poule possédée par un démon, un honorable chevalier en disgrâce et une fée marraine particulièrement douée pour les malédictions.

MON avis

Difficile de passer à côté de ce titre qui a fait grand bruit à sa sortie en fin d’année 2024. Je dois avouer que je me suis d’abord méfiée. Malgré le fait qu’il soit titulaire du prix Hugo 2023, un prix dont j’aime découvrir les lauréats, il est également paru dans un nouveau label de littératures de genre des éditions Seuils et, il faut bien avouer que la mode des nouveaux labels et maisons d’éditions est plutôt à la romantasy. Bien heureusement, des personnes de confiance m’ont rassurée et m’ont convaincue de découvrir Nettle and bone qui est effectivement bien loin d’être une romantasy, mais qui revisite la thématique du conte en la détournant de manière fun et féministe.

De quoi ça parle ?

Le récit suit Marra, une princesse, troisième et dernière fille du souverain d’un petit royaume. Marra a vu ses deux sœurs aînées épouser un même prince : la première n’a pas survécu bien longtemps au mariage et Marra craint que les jours de sa deuxième sœur soient également comptés quand elle découvre à quel point celle-ci est maltraitée par le prince. Une unique solution s’impose à Marra : il faut tuer le prince. Pour cela, elle se lance dans une quête durant laquelle elle va rencontrer une belle panoplie de personnages : une puissante sorcière qui communique avec les morts et est accompagnée d’une poule possédée par un démon, un chevalier servant, une fée-marraine, un chien d’os et un poussin.

Détourner le thème du conte

A travers ces personnages et les situations dans lesquelles se retrouve Marra, l’autrice s’amuse avec les stéréotypes du conte pour mieux les tourner en dérision. Le résumé du roman peut sembler caricatural et T. Kingfisher s’amuse à enfoncer des portes ouvertes en réutilisant de nombreux codes du conte. Pourtant, sous couvert d’humour et de divertissement, l’autrice aborde ses thématiques de manière beaucoup plus fine qu’on pourrait le penser.

Avec Marra, T. Kingfisher s’éloigne de l’héroïne de conte de fée classique qui ne rêve que de l’amour d’un prince. Marra, elle, veut tuer le prince et non l’épouser. Elle n’a pas non plus de rêves de grandeur et de châteaux, mais se satisfait d’une vie simple dans un couvent et se passionne pour la broderie. Finalement, Marra est une héroïne ordinaire, un brin naïve et sans facultés exceptionnelles, mais qui, grâce à sa détermination et un brin de désespoir, va se lancer dans une quête impossible. On peut aisément s’identifier et être touché par ce personnage ainsi que par la panoplie de protagonistes qu’elle va rencontrer et qui va former un groupe hétéroclite et attachant, une véritable deuxième famille pour Marra.

De l’humour pour cacher la noirceur

T. Kingfisher prend le temps d’installer son intrigue, de poser les bases de l’univers et de nous présenter Marra et la situation compliquée dans laquelle elle se retrouve. Cela permet d’autant plus d’apprendre à connaître les personnages, de comprendre leurs motivations et de faire monter la tension crescendo. Le rythme pourrait donc paraître lent pour certains, les moments de questionnements et d’introspection sont nombreux. Néanmoins, Nettle and bone se lit très facilement, on tourne les pages très vite grâce à l’humour et à l’envie de découvrir comment Marra va pouvoir parvenir à ses fins. Parfois, les choses sont un peu faciles, notamment en ce qui concerne les conditions du voyage et les distances parcourues en peu de temps, mais l’ambiance conte fait qu’on ne recherche pas le réalisme à tout prix, et ces défauts restent mineurs.

Nettle and bone est ainsi un roman rempli d’humour, de dérision, qui est très plaisant à lire, mais qui possède également un côté sombre et aborde des thématiques difficiles comme celle des violences conjugales. Il questionne également sur le destin et la possibilité de se détourner de lui. Après tout, un personnage de conte destiné à être un méchant ne pourrait-il pas détourner ses pouvoirs pour faire le bien ?

Tout au long du récit l’humour est omniprésent à travers les situations parfois rocambolesques, les dialogues ou les personnages comme cette poule possédée par un démon et qui n’a pas une grande importance dans l’histoire en elle-même. Cet humour permet de faire passer avec plus de légèreté les thématiques et les moments plus sombres. Après tout, le but de l’intrigue reste de tuer quelqu’un et d’utiliser tous les moyens à disposition pour cela, comme user de la nécromancie par exemple.

Finalement, j’ai beaucoup apprécié ce roman, le fait de suivre les aventures de ces personnages haut en couleur et attachants, l’ambiance qui réutilise les contes tout en les détournant et la dose d’humour et de noirceur qui se marient parfaitement bien. J’aurais apprécié une écriture un peu plus travaillée pour correspondre encore plus à l’univers des contes, mais cette relecture féminisme et moderne des contes a été un excellent divertissement, fun et original.


Nettle and Bone
Autrice : T. Kingfisher
Traduction : Axelle Demoulin et Nicolas Ancion
Maison d’édition : Verso (éditions du Seuil)
Genre : Fantasy
Publication : 08 novembre 2024
Nombre de pages : 348 pages
Prix : 27,90 € (relié) 21,90 € (broché) / 15,99 € (numérique)

9 réflexions sur “[Chronique] Nettle and Bone de T. Kingfisher

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 19 février 2025 / 7 h 13 min

    J’en parle aussi justement aujourd’hui et contrairement à toi, j’ai trouvé l’ensemble un peu léger. Je n’ai pas trouvé la plume très fine et travaillée. J’aurais aimé un travail psychologique plus approfondi. Alors certes ça se lisait, mais on reste au stade du divertissement pour moi v.v

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 19 février 2025 / 8 h 38 min

      Ah on est connectées aujourd’hui 😂 je suis d’accord globalement avec toi, c’est vrai que j’aurais aimé une écriture plus travaillée et c’est le point négatif pour moi que j’ai oublié de mentionner dans ma chronique 😅 sinon je suis d’accord que c’est aussi resté au stade du divertissement pour moi, mais je n’en attendais pas plus donc ça m’a bien convenue comme ça (et c’est du meilleur divertissement que tous les autres livres que j’ai pu lire jusqu’à présent en 2025 donc bon 😭). Par contre je n’ai pas compris et je ne comprends toujours pas ce qui lui a valu le prix Hugo

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      • Avatar de tampopo24 tampopo24 19 février 2025 / 12 h 43 min

        Voilà tu pointes exactement pourquoi j’en attendais plus : son prix, surtout le Hugo.
        Du coup, je pensais vraiment que c’était un divertissement à la Pratchett ou Princess Bride, révolutionnaires en leur temps v.v

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        • Avatar de mariequartz mariequartz 2 mars 2025 / 20 h 18 min

          Pour le prix Hugo : il y a eu un scandale cette année-là, car la cérémonie a eu lieu en Chine et le comité d’organisation a retiré préventivement beaucoup d’oeuvres sorties cette année-là pour ne pas déplaire à la Chine (sans que la Chine leur ait rien demandé, précisons : les organisateurs se sont basés sur des critères, disons, très subjectifs et aléatoires). Il y a eu aussi beaucoup d’irrégularités dans les votes (parce que le fandom chinois a eu tendance à plébisciter des oeuvres chinoises et que ça ne plaisait pas aux organisateurs, qui ont supprimé ou réattribué des milliers de votes). Bref, ça a fait scandale, les Hugo ont fait le grand ménage et il y a un consensus général au sein du fandom comme quoi les votes de cette année-là sont bidons. Ce qui n’est absolument pas la faute de T. Kingfisher, et j’avoue que je me suis sentie très mal pour elle quand j’ai appris ça.

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          • Avatar de tampopo24 tampopo24 2 mars 2025 / 21 h 20 min

            Oh que de remue-ménage effectivement et la pauvre, ça ne doit pas être facile de recevoir un prix dans ses conditions. C’est limite plus blessant que de ne pas en avoir…
            Merci pour toutes ces précisions !

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          • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 3 mars 2025 / 8 h 26 min

            Effectivement j’en avais entendu parler, mais je n’avais plus en tête que c’était l’année de ce titre… Bien dommage et bien sûr pas la faute de l’autrice

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