[Chronique] Le changelin, de Victor Lavalle

Le changellin

Apollo Kagwa est hanté d’étranges rêves depuis son enfance. Marchand de livres anciens, il construit peu à peu sa vie familiale autour de son fils, brûlé par une question très simple : pourquoi son propre père l’a-t-il abandonné ?  

Sa femme Emma, pourtant, semble complètement déconnectée et peu intéressée par leur nouveau petit garçon. Si Apollo croit d’abord à une dépression post-partum, il devient rapidement évident que ses problèmes dépassent de loin cette hypothèse. Avant qu’Apollo ne puisse l’aider, Emma choisit comme porte de sortie le sang et les flammes, puis disparait.   

C’est ainsi que commence l’odyssée d’Apollo, dans un monde qu’il ne reconnaît plus, pour retrouver sa femme et des réponses ; lorsqu’il rencontre un mystérieux étranger qui prétend avoir des informations sur l’endroit où se trouve Emma, Apollo est mené sur une île oubliée de l’East River à New York, dans un cimetière plein de secrets, au sein d’une forêt du Queens où vivent encore des légendes d’immigrés, et dans un lieu qu’il pensait avoir perdu à jamais. Ce conte vertigineux n’est finalement qu’un récit sur la famille et les secrets insondables des personnes que nous aimons. 

MON avis

Publié en version originale en 2017, Le Changelin a été édité en France à l’automne 2024 par les nouvelles éditions ActuSF après avoir remporté une flopée de prix littéraires en 2018 (à savoir le prix Locus du meilleur roman d’horreur, le prix World Fantasy du meilleur roman ainsi que le prix British Fantasy du meilleur roman d’horreur ).

Malgré ce que peut laisser penser l’intitulé de ces différents prix, Le changelin est pour moi un roman fantastique, avant d’être horrifique. L’éditeur le qualifie de roman fantastique féérique, ce qui colle parfaitement à son ambiance. Le changelin est un récit dans lequel la famille est l’élément central et toute la dynamique tourne autour des relations familiales et plus particulièrement filiales. Pour cela, Victor Lavalle prend le temps de développer les personnages et particulièrement son personnage principal, Apollo. De la manière dont se sont rencontrés ses parents, à sa naissance, jusqu’à ce qu’il devienne père à son tour, le récit nous fait connaître de manière intime Apollo. Et c’est dans son nouveau rôle de père qu’on le voit particulièrement se révéler jusqu’à un évènement vienne tout bouleverser. S’ensuit une deuxième partie de récit, sur la quête d’un père détruit, sur ses incompréhensions qui vont laisser place à la terreur face à la vérité.

Apollo ressentait l’apaisement de la certitude. La magie du monde lui avait été révélée. Tous les faux-semblants s’étaient envolés. Se reposer entièrement sur le pragmatique, le rationnel, le cartésien était aussi une forme de glamour. Néanmoins, il n’avait plus le luxe de croire en l’ordre des choses. Les monstres n’existent pas tant qu’on n’en a pas rencontré. 

Le récit se veut finalement assez classique comme une revisite moderne de tropes féériques bien connus en s’inscrivant dans une Amérique très actuelle dans laquelle les questionnements autour de la place des femmes, du racisme ou encore de la santé font rage. L’auteur construit ainsi son récit sur un fond de critique sociétale en nous emmenant dans un New York très bien représenté et immersif. Victor Lavalle a parfaitement choisi les décors des différentes scènes de son récit qui accompagnent à merveille le ton et l’atmosphère changeants de son roman.

Je dois dire qu’en termes d’intrigue, Le changelin m’a tout de même laissée sur ma faim. J’ai trouvé le suspense plutôt absent du roman avec son titre qui dévoile le type de fantastique que l’on va y trouver et une intrigue sans grands rebondissements à l’exception de l’élément déclencheur de l’histoire. Moi qui suis amatrice de récits horrifiques, je n’ai pas ressenti les frissons attendus à la lecture. Le roman reste assez doux même s’il n’est pas exempt de violence, mais il m’a plutôt semblé être un conte de fée cruel, moderne et extrêmement humain plutôt qu’un réel roman d’horreur. 

Malgré ces bémols qui ne sont dus qu’à un décalage entre mes attentes et ce qu’est réellement le roman, Le changelin est un bon roman fantastique qui nous propose une très bonne critique de la société et interroge efficacement sur les relations filiales. Le rôle du père est particulièrement questionné et Victor Lavalle réussit à intégrer de nombreuses représentations différentes de la figure paternelle de manière réaliste. Mais à travers le rôle du père, c’est bien la figure maternelle qui brille et est mise en exergue. Finalement, Victor Lavalle rend un bel hommage aux mères dans un final émouvant.

Le changelin est donc un roman à découvrir si vous aimez les récits à la fois fantastiques et réalistes qui traitent de sujets d’actualité et questionnent sur la parentalité. 

bonne lecture

Roman reçu dans le cadre d’un service de presse de la part des nouvelles éditions ActuSF que je remercie


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Le Changelin
Auteur :
Victor Lavalle
Traduction : Claire Chevalier
Illustration : Evangeline Gallagher
Maison d’édition : ActuSF
Genre : Fantastique / Horreur
Publication française : 05 novembre 2024
Nombre de pages : 574 pages
Prix : 23,90 € (broché)

 
 

2 réflexions sur “[Chronique] Le changelin, de Victor Lavalle

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 11 décembre 2024 / 7 h 11 min

    Merci pour ta chronique et tes bémols, qui vont m’éviter de me tromper dans mes attentes, car à l’inverse j’ai très envie de découvrir ce fantastique féerique mâtiné de critiques sociétales américaines.

    Aimé par 1 personne

    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 15 décembre 2024 / 20 h 26 min

      Oui c’est mieux de savoir ce qui nous attend pour ne pas être déçu. Super en tout cas si ça te donne toujours envie de le découvrir !

      Aimé par 1 personne

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