[Chronique] La messagère, de Thomas Wharton

la messagère

« Tout en regardant brouter les rennes, il se demande comment ils font pour vivre ici. De la même manière que les animaux se sont toujours arrangés pour cohabiter avec nous, bien sûr. En subissant tout sans rien escompter. À leurs yeux, cet endroit terrifiant n’a rien de nouveau ni de différent ; ce n’est qu’une autre des funestes énigmes engendrées par les humains et qu’il faut endurer. Pour eux, le Parc et nous, c’est du pareil au même : une réalité inexplicable, inarrêtable. Une brèche crevant le cœur du monde et qui ne s’en ira jamais »
9782743659943
La messagère
Auteur : Thomas Wharton
Traduction : Sophie Voillot
Maison d’édition : Rivages
Genre : Science-fiction
Date de publication française : 17 mai 2023
Nombre de pages : 459
Prix : 23,00 € (broché) / 16,99 € (numérique)
Synopsis 
Alex a grandi avec sa sœur Amery dans une ville minière du Canda, Rivers Meadows, où leur peur travaillait dans l’extraction d’un gisement toxique avant que la zone finisse par être évacuée et condamnée. Des années plus tard, Alex part à la recherche de sa sœur, disparue au cours d’une expédition dans ce territoire interdit. Claire, quant à elle, a échappé à River Meadows en devenant auteure de guides touristiques. Alors qu’elle est en mission sur une île qui ressemble beaucoup à l’Atlantide de Platon, une grue en voie d’extinction s’installe sur le balcon de sa chambre pour y faire son nid. Enfin, dans un futur ravagé par le dérèglement climatique, un oiseau raconte comment son destin s’est trouvé lié à celui d’Amery et au sort de l’humanité tout entière.
MON avis

Nouveauté de la récente collection d’imaginaire des éditions Rivages, La messagère est un roman d’une portée écologique forte qui s’inscrit parfaitement dans leur ligne éditoriale.

La première chose qui frappe à la lecture de ce roman est la douceur qui se dégage de l’écriture. La messagère nous emmène dans une ambiance très feutrée à laquelle on ne s’attend pas forcément en observant la couverture. Je me suis beaucoup interrogée sur cette couverture et sur l’image peut être faussée qu’elle renvoie du texte. Néanmoins, malgré cette ambiance feutrée, La messagère n’aborde pas des thématiques faciles il y ressort même un fond assez cruel. Le roman s’inscrit en effet comme un véritable plaidoyer pour la cause animale et certains chapitres faisant part d’horreurs que vivent les animaux peuvent être difficiles à lire. Et ce message, justement, en faveur de la cause animale est particulièrement représenté dans ce texte par les oiseaux, figure peut-être la plus importante du récit. La couverture représente donc bien la figure centrale du roman et l’aspect terne de ce monde où l’homme a tout détruit. Néanmoins, elle laisse pour moi échapper tout un pan de cette histoire, plus mystérieux, ainsi que l’espoir qui se dégage tout de même de ces lignes. Je vous conseille donc de voir plus loin que ce que pourrait sous-entendre la couverture si les thématiques traitées par ce roman vous attirent.

La messagère s’inscrit donc dans un futur plutôt proche qui subit un véritable effondrement écologique. Pire encore dans l’agglomération de River Meadows, ville minière spécialisée dans l’extraction d’un minerai toxique, un étrange phénomène appelé décohérence a vu le jour. Ce phénomène produit plusieurs effets sur la population comme des vertiges, une désorientation et des hallucinations, si bien que la ville finit par être interdite au public. La messagère suit plusieurs personnages de manière alternée : Alex qui a grandi à River Meadows avant sa fermeture. Maintenant adulte, il retourne dans sa ville d’enfance pour retrouver sa sœur disparue Amery. D’un autre côté, on suit Claire, autrice de guide de voyage, en déplacement sur une île où elle fait la rencontre d’une grue sauvage, espèce en grand danger d’extinction.

Difficile d’en dire beaucoup sur l’intrigue de ce roman tant elle reste éphémère face au reste. On pourrait s’attendre à ce que le récit soit linéaire suivant le destin de deux personnages essayant de percer les mystères de cette nature qui s’effondre. Et des mystères il y en a beaucoup, notamment lorsqu’on pénètre dans l’ancienne ville désaffectée de River Meadows où des phénomènes très dérangeants se produits. Pourtant, le choix de l’auteur est tout autre, il préfère prendre des chemins détourner, prendre le temps nous raconter l’enfance des personnages ainsi que de nombreuses anecdotes à travers à travers des chapitres intitulés « Les archives de River Meadows. En réalité, le but du roman n’est pas vraiment de percer ces mystères ou de voir aboutir la quête des personnages, mais plutôt de suivre le chant des oiseaux, de prendre la mesure de ce que les animaux doivent subir en côtoyant les hommes.

De ce fait, La messagère est un roman déroutant. Il ne nous emmène pas là où on l’attend, jouant avec l’étrangeté et nous laissant dans un flou dans lequel on peut facilement se perdre. D’un autre côté, la plume douce et poétique de l’auteur nous entraîne avec facilité dans son monde, dans cette fresque éco-climatique un brin magique. Si la forme peut donc laisser perplexe, le fond lui ne peut laisser indifférent tant la dénonciation qui s’étend en toile est percutante et légitime. Finalement, c’est le message qui importe et le reste n’est que factice. Le traitement des personnages, qui sont d’ailleurs assez antipathiques, le montre bien. Leur quête sont vaines et ne permettent que de mettre en exergue l’impact de l’humanité sur le monde animal.

Roman à la fois âpre et empreint d’une étrange légèreté, La messagère frappe par son récit protéiforme, suivant tantôt un fil conducteur et partant ensuite de longues digressions. Profondément mystérieux, le roman ne nous emmène pas là on l’attend, mais nous fait plutôt suivre le chant des oiseaux pour mieux délivrer son message. La messagère est donc une expérience de lecture déstabilisante dans laquelle il ne faut pas chercher à obtenir toutes les réponses.

Je remercie les éditions Rivages pour l’envoi de ce roman en service de presse !

D’autres avis : Tachan La viduité Stelphique

5 réflexions sur “[Chronique] La messagère, de Thomas Wharton

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 19 juillet 2023 / 8 h 22 min

    Comme pour toi ce fut une lecture étrange. J’ai aimé l’étrangeté de la plume, de l’ambiance, du rythme. Mais je suis restée sur ma faim pour le reste 😅

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  2. Avatar de Tigger Lilly Tigger Lilly 23 juillet 2023 / 20 h 23 min

    Bouh là là, j’étais en quête de raisons pour lire ce livre que j’ai reçu en SP, ta chronique, très intéressante, ne me fait pas du tout changer d’avis. Je crois que je vais le mettre sur la pile à donner.

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  3. Avatar de Les Lectures du Maki Les Lectures du Maki 4 août 2023 / 19 h 52 min

    Je l’ai abandonné au bout d’une centaine de pages : je n’ai pas compris où voulait nous emmener l’auteur. Le début m’avait intéressé mais au fur et à mesure de la lecture j’ai perdu le fil…

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    • Avatar de Sometimes a book Sometimes a book 6 août 2023 / 9 h 21 min

      Ah oui je peux comprendre, j’ai aussi ressenti cette une perte d’intérêt progressive…

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