
« Toi, Alf tu seras mon Sherlock. Moi je serai Mycroft, se dit Lars Martin Johansson. Mycroft Holmes, le grand frère de Sherlock, n’avait pas besoin de quitter son fauteuil pour élucider les affaires les plus complexes. Maintenant que Johansson passait le plus clair de son temps allongé dans un canapé, incapable d’aller au feu, ce rôle lui allait comme un gant. »

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L’enquêteur agonisant
Auteur : Leif Gw Persson
Traduction : Esther Sermage
Maison d’édition : Rivages
Genre : Policier / Thriller
Date de publication française : 7 juin 2023
Nombre de pages : 446
Prix : 25,00 € (broché) / 18,99 € (numérique)
Auteur : Leif Gw Persson
Traduction : Esther Sermage
Maison d’édition : Rivages
Genre : Policier / Thriller
Date de publication française : 7 juin 2023
Nombre de pages : 446
Prix : 25,00 € (broché) / 18,99 € (numérique)
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SynopsisLars Martin Johansson est une légende vivante. Rusé et perspicace, il est connu dans la police criminelle comme « l’homme qui voyait derrière les coins ». Aujourd’hui, il est à la retraite et ses années de service sont derrière lui. C’est du moins ce qu’il pense. Après avoir subi une attaque cérébrale, Johansson se retrouve à l’hôpital. La seule chose qui peut le sauver du désespoir est la mention par son médecin d’une affaire de meurtre non résolue. La victime : une fillette de neuf ans. Avec l’aide de son assistante, d’une détective amateur et d’un orphelin qui a un intérêt personne dans l’histoire, il se lance dans une enquête informelle depuis son lit de convalescence.
♦Leif Gw Persson est un écrivain et criminologue suédois connu pour ses thrillers mettant en scène le même personnage principal : Lars Martin Johansson. C’est ce même personnage que l’on retrouve dans L’enquêteur agonisant et il est tout à fait possible de le découvrir avec ce roman sans perdre en compréhension, comme cela a été mon cas.
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Et c’est plutôt diminué que l’on rencontre ou retrouve ce Lars Martin Johansson. En effet dès le début du roman, un problème de santé lui vaut un aller simple pour l’hôpital. C’est là-bas qu’on lui parle du meurtre non élucidé d’une petite fille, vingt-cinq ans auparavant et dont le délai de prescription est sur le point d’être dépassé. Même s’il est trop tard pour faire condamner le meurtrier, Johansson se met en tête de résoudre l’affaire depuis son lit d’hôpital.
Une écriture très factuelle
Ce qui marque dès le départ est le style très particulier de Leif Persson. L’auteur ne s’encombre pas de paroles inutiles, il a un style très factuel et ne prend la peine d’ajouter des rondeurs ou de faire des transitions. Ainsi les chapitres sont tous très courts, à peine deux ou trois pages, et ne disent que le nécessaire avec de nombreux dialogues et de la narration détaillant tous les éléments de l’enquête. À cela s’ajoute les pensées du personnage principal qui sont notées en italique. Le roman est donc rendu facile et rapide à lire par ce style, mais le résultat reste tout de même un peu trop brut, ce qui entraîne une certaine distance avec le récit et les personnages.
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Néanmoins cette écriture très factuelle apporte une note intéressante à l’intrigue puisqu’elle donne l’impression de lire un livre de true crime et non une enquête inventée. On sent le côté criminologue de l’auteur ressortir dans sa manière de relater les faits de manière très précise et réaliste et de remonter la piste du tueur. On est réellement plongé dans une vieille histoire non résolue de celle qui passionne les amateurs de true crime que l’on reprend depuis le début et dont démêle les fils un à un. Je suis personnellement une grande amatrice de true crime et j’ai donc apprécié la manière dont Leif Persson décortique cette affaire jusqu’à remonter la piste du tueur. Néanmoins, l’auteur restant toujours sur un ton très réaliste, ne s’engage pas dans des révélations extravagantes et il n’y a pas de grand rebondissement ou retournement de situation comme on peut souvent s’y attendre dans les thrillers. L’identité du tueur est même connue assez vite, au 2/3 du récit, le dernier tiers s’attardant plutôt sur la recherche d’une solution pour apporter une justice à la fillette assassinée alors que le délai de prescription est passée et que le tueur ne peut plus purger de peine. Cette dernière partie est moins intéressante et même un peu trop prévisible laissant malheureusement une note de « tout ça pour ça » à la fin.
Lars Martin Johansson
Ce qui fait la renommée de Leif Persson est son personnage principal, flic bourru et impertinent à travers lequel l’auteur délivre des messages politiques. L’auteur est également décrit comme utilisant un « humour dévastateur », à travers ce personnage j’imagine. Malheureusement, c’est justement sur ces points que mon avis sur ce roman est plutôt mitigé, car je n’ai pas ressenti cet humour (ou plutôt cet humour n’est peut-être pas le mien) et n’ai pas accroché avec ce personnage principal.
L’auteur reprend finalement les codes assez classiques du vieux flic commettant tous les excès, colérique et n’en faisant qu’à sa tête. Il lui ajoute de nombreux tocs assez étranges. Il faut peut-être avoir lu les précédents romans le mettant en scène pour réussir à décrypter ce personnage, dans tous les cas, il m’a été très antipathique du début à la fin du roman, même si on sent que son mauvais caractère n’est qu’une façade. Il faut dire que ce personnage m’a mise mal à l’aise à de nombreuses reprises dans les propos parfois très maladroits qu’il transmet. On ressent effectivement une volonté de l’auteur de dénoncer les violences faites aux femmes dans ce roman, mais la manière dont ce sujet et d’autres sujets sensibles sont abordées m’ont paru trop maladroits. Il s’agissait peut-être justement des traits d’humour que l’auteur semble utiliser, mais je ne l’ai pas vu ainsi et je reste donc assez perplexe sur la manière dont ces sujets ont été traités et sur la véritable opinion de l’auteur quant à eux.
L’enquêteur agonisant propose donc une enquête très réaliste reprenant avec beaucoup de minutie et de précision une vieille affaire et la décortiquant comme pourrait le faire un véritable enquêteur d’un service cold case. Malgré tout, le ton très factuel qui donne un côté très brut au récit et le personnage principal assez antipathique et aux propos que j’ai trouvés parfois maladroits confèrent une trop grande distance avec le récit.

Cette chronique émane d’un service de presse des éditions Rivages que je remercie !
