[Chronique] Les rêves qui nous restent, de Boris Quercia

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« – Les papillons mécaniques ont eux aussi droit à une tombe », il me dit avant de se lever de sa chaise.
Je ne sais que répondre. Je commence à m’habituer à ses anomalies et je me rends compte que c’est la même chose que commencer à aimer quelqu’un. »


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Les rêves qui nous restent
Auteur :
Boris Quercia
Traduction : Isabel Siklodi et Gilles Marie
Couverture (poche) : Julien Rico Jr
Maison d’édition : Asphalte / Pocket
Genre : Science-fiction
Date de publication française : 7 octobre 2021
Nombre de pages : 206
Prix : 20,00 € (broché) / 7,30 € (numérique)
Synopsis 
Dans cette mégapole tentaculaire qu’est la City, certains n’hésitent pas à vendre à des sociétés privées la seule chose qui leur reste : leurs rêves. Mais quand un incident se produit au sein d’un entrepôt de dormeurs, les dirigeants veulent régler au plus vite l’affaire avant qu’elle ne s’ébruite. Natalio, flic de classe 5, la plus méprisée car chargée d’éliminer discrètement les dissidents, est leur meilleure option. Ce dernier accepte toujours les missions à la limite de la légalité, par appât du gain autant que par désoeuvrement. Fauché, Natalio a d’ailleurs dû remplacer son électroquant, un androïde qui le suit comme son ombre, par un modèle ancien, acheté au rabais chez un soldeur. Mais la machine a un on-ne-sait-quoi d’inquiétant, des défaillances et des anomalies sur lesquelles son propriétaire n’a pas le temps de s’arrêter. Pour le pire… ?
MON avis
Publié initialement aux éditions Asphalte en 2021, Les rêves qui nous restent vit sa deuxième existence aux éditions Pocket depuis mai 2023. Ce polar dystopique de l’auteur chilien Boris Quercia nous emmène dans un futur plus ou moins lointain dans lequel les humains sont regroupés par classe en fonction de leur rôle dans la société. Relation humain-androïde, effondrement social, réflexions sur la conscience, ce roman met en avant des thématiques classiques de SF, mais traitées de manière efficace et percutante.
Car Boris Quercia ne perd pas de temps en nous offrant un récit d’à peine 200 pages dans lequel il développe une société dystopique à l’échelle d’une ville tout en conduisant une enquête policière allant à 100 à l’heure. On y suit Natalio un flic de classe 5, la lie de cette société, qui, pour survivre, accepte tout le sale boulot. Mais cela ne suffit pas et quand son androïde devient inutilisable, il est contraint de le remplacer par un modèle bas de gamme qui présente d’étranges défaillances. Les deux compagnons vont partir dans une enquête sous tension, chargés par une usine à rêves d’éliminer les dissidents. Car quand les hommes n’ont plus rien, ils vendent leurs rêves à des sociétés privés, un choix qui les transforme à jamais.
C’est donc aux côtés de Natalio, policier bourru et attachant et de son androïde qui semble avoir développé une étrange indépendance, que l’on parcourt cette ville désabusée. L’enquête policière sert avant tout de fil rouge pour nous dépeindre l’effondrement social que Boris Quercia retranscrit avec beaucoup de réalisme. Il n’entre pas dans les détails superflus en construisant cet univers dystopique. Le tout reste toujours à l’échelle de cette ville comme si elle était le dernier rempart de l’humanité. L’ambiance oppressante qui en ressort est pour autant particulièrement réussie. Ce huis-clos nous fait ressentir de manière exacerbée toute la désillusion et le désespoir d’une société brisée par les inégalités, la dépendance aux technologies et l’insécurité. Il s’agit d’un roman noir et pessimiste qui n’accorde aucune faveur. Néanmoins, il est assez court pour ne pas tomber dans le pathos, mais est au contraire tout à fait percutant malgré les thématiques abordées qui ne sont pas particulièrement novatrices.
Le personnage de Natalio est intelligemment construit, véritable miroir de cette ville qui se délite. Déjà en bien mauvais état au début du récit, il va continuer à chuter à mesure que le chaos autour de lui s’intensifie. À côté de lui son androïde amène une autre facette à cette société, plus étrange et inquiétante, illustrant à merveille la perte de contrôle généralisé. Le duo homme/machine fonctionne très bien et amène des réflexions à propos de la conscience et du libre-arbitre. Rien que du très classique, mais traité avec finesse et apportant une pointe pas déplaisante de réflexion éthique et philosophique dans le chaos ambiant. Encore une fois Boris Quercia s’en sort donc très bien en reprenant des codes déjà vus et revus pour les détourner dans une intrigue diablement efficace. Le récit vif et incisif, toujours très bien dosés dans les mélanges avec lesquels il joue, offre un très bon divertissement et une ambiance qui happe jusqu’à la dernière ligne.

Les rêves qui nous restent est un roman court et percutant qui dépeint une société dystopique à l’échelle d’une ville. Le récit nous place comme témoin de l’effondrement social à travers son ambiance sombre et désabusée et son personnage principal véritable miroir de cette société. En plus d’une intrigue allant à 100 heures, le roman nous propose une réflexion sur la relation homme/androïde ainsi que sur la conscience et le libre arbitre. Pas de quoi révolutionner le genre, mais le tout reste tout à fait pertinent et traité avec beaucoup de justesse. Encore une belle surprise dénichée par les éditions Pocket !
très bonne lecture
Je remercie les éditions Pocket Imaginaire pour l’envoi de ce roman en service de presse !
D’autres avis : YuyineLe Maki

4 réflexions sur “[Chronique] Les rêves qui nous restent, de Boris Quercia

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 22 juin 2023 / 6 h 04 min

    Je vois que tu as bien plus aimé que moi… J’ai eu du mal avec le manque de détails. J’avais l’impression que tout était introduit mais ensuite pas développé. Donc j’ai aimé et été frustrée à la fois, trouvant l’enquête prometteuse au début puis accessoire. Bref je suis un peu passée à côté 😅
    Dommage les thèmes autour de cet androïde et sa société me plaisaient.

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  2. Avatar de Les lectures de Marinette Les lectures de Marinette 2 septembre 2023 / 14 h 23 min

    Pour moi qui lis finalement peu ce genre d’histoire, ce format assez court pourrait carrément être intéressant ! En tout cas, ça m’intrigue. Merci pour la découverte.

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