[Chronique] Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, de Jérôme Leroy

Après la Décennie terrible 2033-2043, qui a vu la population mondiale se réduire de moitié, chaque État a édicté ses propres règles. La nouvelle Fédération européenne a fait le choix de la sagesse : sobriété écologique totale, égalité de toutes et tous, bannissement de la violence.
2069, Rouen, capitale de l’État français. Ada Veen, 17 ans, a été éduquée dans ce système qu’elle vénère. Jusqu’à ce que la population vote par référendum le rétablissement de la peine de mort. À chaque exécution, c’est un citoyen tiré au sort qui sera chargé de cette funeste mission. Lorsque son nom est pioché parmi des millions, Ada décide de ne pas obéir, entraînant avec elle le garçon qu’elle aime.

MON avis

Publié initialement aux éditions Syros, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne de l’auteur français Jérôme Leroy est un roman dystopique qui a reçu le Grand prix de l’imaginaire jeunesse en 2024. Bien qu’il soit sans conteste un roman à destination d’une cible adolescente, il est paru en 2025 en poche chez Pocket Imaginaire.

Le roman se déroule dans un futur proche (peut-être trop proche pour être vraiment crédible) dans lequel le monde a été complètement restructuré à la suite d’un enchaînement de catastrophes ayant entraîné la mort de la moitié de la population mondiale. Dans ce contexte pas très réjouissant et suite à cette période appelée la Décennie terrible, l’Europe a tenté de construire une société utopique, un système basé sur une sobriété extrême, le bannissement de toute forme de violence, une apparente égalité pour tous… Si ce système s’inscrit autour de figures puissantes, Pionnières de ce nouveau mode de vie, le peuple a son mot à dire et a décidé de rétablir de la peine de mort. Pour le responsabiliser face à cette décision, il a été décidé que chaque peine serait exécutée par une personne tirée au sort dans la population. Jusqu’à ce que la dernière personne tirée au sort ne soit autre que Ada Veen, adolescente et fille d’une puissante Pionnière.

Dès le départ, le roman nous plonge dans la vie d’Ada Veen, adolescente issue d’une famille favorisée qui a été élevée pour suivre de façon extrêmement rigoureuse les règles de la Fédération européenne. Mais on va rapidement voir son univers se craqueler. De petite fille sage et parfaite qui a même été jusqu’à dénoncer les agissements de son propre père, elle va remettre sa vie et ses croyances en question après avoir été désignée pour exécuter la sentence maximale d’un condamné à mort. La découverte de la vie d’Ada est sûrement la partie la plus intéressante du récit. On explore à travers elle cette société, la manière dont celle-ci a été forgée suite à une décennie de catastrophes. Le roman met parfaitement en lumière l’endoctrinement subi par Ada, et à mesure qu’elle ouvre les yeux et découvre l’envers du décors, on aperçoit les limites d’une société en apparence parfaite mais qui, même avec les meilleures intentions, peut se mettre à dériver.

Ainsi l’univers exposé est le point fort du roman que ce soit lorsqu’on le découvre à travers Ada au début du roman, mais aussi et surtout dans les chapitres qui nous ramènent dans un passé proche. Ainsi un chapitre sur deux nous expose de manière plus ou moins déconnectée de l’intrigue principale le fonctionnement de cette société à travers divers personnages comme un directeur de prison, d’autres personnes sélectionnées pour faire appliquer la peine de mort ou encore la Présidente de la Fédération elle-même. Ce sont les chapitres que j’ai trouvés les plus intéressants nous montrant parfaitement l’envers du décor de cette société pas aussi bien structurée qu’elle voudrait le faire croire.

Et il faut dire qu’avec mes yeux d’adulte je n’ai été plus emballée que ça par l’intrigue principale. Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne ne possède pas une intrigue extrêmement développée, celle-ci est au contraire très simple et même cousue de fil blanc. Si le début et l’exposition de l’environnement dans lequel a grandi Ada est intéressant, la romance prend ensuite le pas sur l’intrigue principale et devient omniprésente dans le récit. Les réactions des personnages, basées uniquement sur cette romance, deviennent prévisibles et décevantes. L’auteur a cherché à induire dans son roman une forme de menace imminente, mais l’intrigue reste trop sous-développée pour que l’on craint vraiment pour les personnages.

J’ai finalement eu l’impression que Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne est plutôt un roman qui veut porter une réflexion plus qu’une intrigue et que l’auteur a basé celle-ci sur une romance pour plaire à la cible adolescente. Si cela me semble un peu artificiel, le choix peut être judicieux. Et justement la réflexion sur le choix, sur le pouvoir politique et sur le fait d’assumer les conséquences de ses actes est le cœur de ce court roman. A travers lui, Jérôme Leroy interroge notre propre société et nos propres actes comme le fait de consommer de la viande ou des drogues en montrant que les normes d’aujourd’hui peuvent être remises en question et pourraient même devenir étranges dans un autre contexte. Il pousse ainsi le lecteur à changer de prisme, en montrant que notre réflexion peut être biaisée par notre environnement. A ce titre, je trouve ce roman très adapté et tout à fait recommandable pour la cible adolescente.

Ainsi si à mes yeux d’adulte, le roman a souffert d’un manque de développement et de nuance dans son intrigue et ses thématiques, il semble complètement adapté pour initier une réflexion politique à des adolescents sur notre société et sur la conséquences de nos choix. On sent que le ton reste très jeunesse dans les dialogues et la manière de réfléchir les personnages (même adulte). Un roman qui pour moi n’a donc pas forcément sa place dans une collection de littérature adulte, mais qui est tout à fait recommandable pour un public jeunesse.

Roman reçu en service de presse des éditions Pocket que je remercie

D’autres avis : Just a wordTachanMondes de pocheAude Bouquine


Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne
Auteur :
Jérôme Leroy
Maison d’édition : Syros / Pocket
Genre : Science fiction
Publication : 16 octobre 2025 (Pocket)
Nombre de pages : 320 pages
Prix : 17,95 € (broché) / 9,00 € (poche) / 13,99 € (numérique)

2 réflexions sur “[Chronique] Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, de Jérôme Leroy

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 7 janvier 2026 / 7 h 12 min

    Même souci que toi avec le rôle de la romance dans ce roman alors que l’univers et l’idée de départ me séduisaient v.v

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  2. Avatar de Le Nocher des livres Le Nocher des livres 7 janvier 2026 / 20 h 02 min

    Dommage quand une bonne idée ne trouve pas un récit équilibré à la fin qui la mette en valeur. Bon, je passe aussitôt (la romance pour adolescents m’a fait fuir).

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